Yves Dion

Jeudi 2020-04-09

Exercice 1:  Vous venez de découvrir les lettres «P» et «C» dans votre sac (pour les femmes) et votre mallette (pour les hommes).  Trouvez le plus d’objets possibles qui commencent par ces lettres et qui se trouvent dans votre sac ou mallette.

Exercice 2: À l’aide d’au moins 4 ou 5 de ces objets, écrivez une histoire qui mettra en vedette votre artiste ou sportif préféré.

 

Tu fais l’inventaire de ton sac : crayons, papier, cartable et portable. Pas de surprise, les outils de l’écriture sont alignés comme de bons soldats. En ces temps de confinement, écrire semble si simple, si accessible. Mais la concentration fait défaut. La Mort, tapie dans les fentes, dans un contact fortuit, dans une toux rencontrée par hasard lors de ta marche quotidienne, rôde, sournoise. Tu mesure la légèreté de l’être devant la pesanteur des contraintes de l’existence.

 

Pourquoi écrire? Quel sens donner à ce petit geste qui aligne les lettres et les mots sur les feuillets immaculés? Que dirait Camus, l’auteur de La Peste, de la valeur de l’écriture non pas face au combat, mais dans le retrait imposé, dans l’obligation de l’inactivité? Lui choisissait l’action : le médecin qui combat la peste, Sisyphe qui remonte éternellement son rocher… Mais quelle valeur peut-on trouver dans l’enfermement, dans l’isolement?

Tu retournes en toi-même. C’est une période d’introspection, de réflexions. Par la fenêtre, tu vois l’écureuil qui s’agite, grimpe, descend de l’érable, dans une course confuse. Le danger, pour lui, est la chatte de la voisine qui le surveille avec une apparente indifférence. Et toi, tu tentes d’attraper l’insaisissable, d’exprimer la confusion du présent, le flux de tes pensées, de tes sensations. Trouveras-tu une vérité profonde ou un leurre, une illusion de l’esprit qui refuse le chaos du monde? La vie ne serait-elle qu’un rêve, que paroles vaines qui s’envolent?

Comme Camus, tu cherches à trouver l’ordonnancement du monde, à trouver un sens à cette existence si fragile, si humaine. Ce questionnement vient tout naturellement devant la menace sourde du Covid-19. La beauté n’est-elle pas dans le fait de se plonger dans ces réflexions, dans cette recherche intérieure de sens bien plus que dans les réponses, toutes plus insuffisantes les unes que les autres? Se connaître soi-même est sans fin et comprendre le monde est une tâche impossible. Alors pourquoi créer? Pourquoi écrire?

Tu te dis que l’acte de création de ce quelque chose, de ces pensées transformées en mots vaut mieux que le silence. Ces phrases ont le mérite d’exister, effacent les non-dits, dépassent la résignation muette. Bien sûr, les mots et les phrases demeurent toujours en-deca de ce que tu voudrais exprimer, n’arrivent pas à communiquer totalement ta pensée. Tes insuffisances, tes limites, te découragent parfois. Tu voudrais tellement exprimer avec force ce qui t’habite.

En toi, les mots résonnent : les mots cloche-pieds, les mots prisons, les mots poisons. Tu les entends. Ils te surveillent, t’emprisonnent. Tu voudrais jeter au loin les mots empêcheurs de liberté, les mots qui tournent à vide, les déjà-vus, les déjà-dits, les mots-Alzheimer avaleurs de cerveau. Tu voudrais dominer les mots, les transformer, les torturer, leur arracher le sens et les tourner contre leur pouvoir pour atteindre enfin l’indicible, la vérité primordiale, le cri, l’alerte, l’attente, le souffle, le mystère.

Yves Dion, le 10 avril 2020


Jeudi 2020-04-16

Exercice 1:  Décrire un moment ou un événement dans la journée d’une personne très très, mais très distraite.

 

UN HOMME DISTRAIT

LE Congrès de Mathématique ne durait qu’une journée mais attirait les plus grands noms du domaine. Le Professeur Jean Beaudoin, chercheur émérite de l’Université Laval, se devait d’y assister. Sa présentation sur l’utilisation des suites de Cantor dans l’algèbre booléenne allait faire des vagues.

Ah oui, cette fois, son épouse l’accompagnait. Elle profitait de cette occasion pour aller voir l’exposition Chagall au Musée des Beaux-Arts et souper avec leur fils, étudiant en informatique à McGill. Tant mieux, il pourrait travailler pendant qu’elle conduirait.

Ils se levèrent tôt. Son épouse avait préparé sa valise la veille : il oubliait toujours son nécessaire de toilette ou des bas de rechanges. Un matin, il s’était même rendu à l’Université sans pantalon! Ses étudiants l’avaient surnommé Professeur Tournesol tant il était distrait. Elle comblait donc ses manquements par une surveillance constante.

Durant le trajet, il resta plongé dans la révision de sa présentation, clarifiant les implications de son approche en informatique. Il ne leva les yeux de son portable qu’au moment de l’arrivée au Palais des Congrès. Il embrassa distraitement son épouse. Elle lui rappela le souper avec leur fils au restaurant Sandhu à 16 :30 heures, les bons restaurants indiens étant rares à Québec. Il sortit de l’auto mais son épouse dû le rappeler car il oubliait sa mallette.

La journée fut exaltante : il rencontra de vieux amis, se lança dans les controverses savantes avec ferveur. Son cerveau était en ébullition. Il était reconnu pour sa capacité à faire des liens inattendus entre divers domaines des mathématiques. Un aéropage de jeunes doctorants l’entourait. La journée passa en un clin d’œil. Le Congrès terminé, il continua une discussion amorcée avec un collègue du MIT. Le professeur Barnardt dû l’interrompre : un avion n’attend pas.

Il se pensa alors à son épouse. Elle avait discuté de quelque chose ce matin. Mais quoi? Ah, oui! Le restaurant. Il regarda sa montre : il avait le temps de prendre l’autobus qui le ramènerait à Québec. Il 2serait à la maison à 21 :00 heures. Il pourrait alors lui parler de sa stimulante journée et planifier une sortie au restaurant pour samedi soir.

 

Exercice 2:  En cette période de confinement, décrivez une activité que vous avez réalisée ou que vous voulez réaliser, mais que vous remettiez toujours à plus tard… quand vous auriez le temps.

 

CONFINEMENT :

Nous sommes confinés. Enfin j’ai le temps de faire le ménage de mon garde-robe. Là- dedans s’entassent tricots, chemises, pantalons et T-shirts que je n’ai pas porté depuis des années. Et je ne parle pas des souliers, sandales, souliers de sport plus ou moins usés qui encombrent le plancher.

La méthode Kando devrait s’appliquer :

-Tout sortir,

-Ne remettre en place que les vêtements qui m’apportent un plaisir certain et qui sont utiles,

– Remercier et dire adieu au reste.

La décision est irrévocable : ne garder que le nécessaire! Pas de superflu! La Maison du Père recevra le reste. Voyager léger : c’est ma nouvelle résolution. La vie me sera plus saine et plus légère.

Avec ces belles résolutions en tête, j’entre dans la chambre et ouvre la penderie, contemple le désastre. C’est bien pire que je croyais. Tout d’abord, les tablettes sont encombrées de sacs de voyage, petites valises, matériels de sport et même de décorations de Noel! J’y vois aussi des chandails de laine et des cravates, moi qui n’en porte jamais.

Le spectacle me consterne. Comment ai-je pu accumuler autant! Découragé, je laisse mon regard glisser vers la fenêtre : le soleil resplendit. Sans perdre une minute, je m’habille et je m’en vais faire une longue marche. Le ménage de la penderie attendra un autre jour!


Jeudi 2020-04-23

Exercice 1:

À partir de la photo dans le fichier joint,  imaginez une histoire ou peut-être un souvenir qui vous rappelle «l’ancien temps». (Merci à Pauline pour la suggestion de cet exercice).

La tarte aux pommes

 

Le poêle répand sa douce chaleur, le chien dort sous la table. Rose-Anna regarde le soleil éclatant de ce début octobre. Son mari et les deux grands sont partis au camp de chasse. Ils reviennent ce soir. Elle voit la manne de pomme dans un coin.

”Faisons-leur une bonne tarte aux pommes!”, se dit-elle.

Et elle mobilise grand-maman Blandine pour peler les pommes.

-”Thérèse, viens m’aider! Je vais te montrer comment faire une tarte.”

-”Tout de suite maman!”, répond la petite de dix ans.

Rose installe un grand papier ciré sur la table, tamise la farine et la poudre à pâte pour en faire un monticule. Elle y fait un puit. Ensuite, elle y met le sucre, deux jaunes d’œufs et y verse de l’eau glacée. Elle incorpore le tout avec deux couteaux, puis pétrit le mélange avec la paume de sa main pour en faire une pâte.

-”Regarde bien Thérèse, il faut passer le rouleau dans un sens puis dans l’autre. Puis tu replies la pâte sur elle-même et tu roules de nouveau. De cette manière, la pâte sera plus feuilletée. Vas y, essaie!”

Et Thérèse de reproduire les gestes de sa mère tandis que grand-mère, penchée sur ses pommes, se souvient d’une scène semblable, lorsqu’elle montrait les mêmes gestes à sa fille de dix ans.

 

Exercice 2:

Imaginons qu’on a tous et toutes le même ami qui s’appelle Bertrand Dufour.  C’est aujourd’hui le jour de son anniversaire.  De quoi sera faite sa journée?

 

Bon Anniversaire

 

Bertrand se lève de mauvaise humeur. Il n’aime pas les anniversaires. Et d’avoir cinquante ans encore moins. Il sait bien qu’on vieillit tous, mais cinquante ans déjà! ”Je deviens vieux.”, se dit-il, ce qui ajoute à sa mauvaise humeur. Son épouse a préparé le café et lui lance un ”Bon Anniversaire!” auquel il répond par un grognement. Elle hausse les épaules. Elle sait qu’il est un ours grognon le matin.

Au travail, sa secrétaire a affiché un ”Bon demi-siècle” avec des ballons sur le babillard. Ce rappel de son âge vénérable le fait sourciller. Il ne peut échapper aux bons souhaits que tous lui lancent. Il affiche un sourire contraint, n’arrive pas à surmonter ses pensées négatives. Il se voit dépérir, être obligé de ralentir, de prendre des pilules… Ces pensées moroses l’habitent toute la journée.

De retour chez lui, c’est la surprise! Son fils, sa bru et son petit-fils sont venus de Ste-Agathe. Il s’illumine, retrouve le sourire, embrasse toute la famille et admire le petit Vincent.  Voir cet enfant grouillant grandir, c’est une joie que l’on n’a qu’en vieillissant!


 

Jeudi 30 AVRIL 2020
Exercice 1:
La même phrase de départ pour tous.  Vous faites un texte sur le thème d’une enquête policière.  La phrase de départ est:  «Dès que j’aperçus mon père dans le hall de l’hôtel………………………

 

Une disparitionDès que j’aperçus mon père dans le hall de l’hôtel, j’ai compris qu’un malheur était arrivé. À 85 ans, avec un début d’Alzheimer mais encore autonome, mon père ne me dérangeait pas sans un événement majeur. Le Congrès des enquêteurs spécialisés de la SQ se poursuivrait sans moi.- ‘’Henri est disparu!’’ me dit-il d’un air paniqué.

– ‘’Tu dois m’aider! Les policiers du poste de quartier ne veulent rien faire.’’

J’essaie de le rassurer.

– ‘’Il va revenir, tu le sais bien!’’

– ‘’Il n’est pas rentré hier soir! Aide-moi, je t’en prie. Tu es policier après tout!’’

– ‘’Mais papa, je suis comptable! Je travaille au Bureau des Crimes Économiques, tu le sais bien!’’

– ‘’Il faut que tu m’aides’’ insiste-t-il.

– ‘’Il est probablement sorti pour une de ses virées nocturnes. Cela lui arrive, tu sais.’’

Henri, son compagnon depuis cinq ans, son réconfort, sa bouée de sauvetage, sans lequel il est un peu perdu.

– ‘’D’accord’’, je lui dis. ‘’Quand l’as-tu vu pour la dernière fois?’’

– ‘’Hier soir, à 19 heures, il est sorti pour sa promenade… et il n’est pas revenu! ’’

– ‘’Bon! Retournons chez toi. Il est probablement de retour.’’

J’essayait bien de rassurer mon père mais j’étais inquiet. Henri pouvait bien avoir eu un accident et que ferait mon père sans lui?

En arrivant devant son immeuble du quartier Rosemont, je poussai un soupir de soulagement. Henri était là. Le gros matou aimé était de retour.

Exercice 2:
Vous devez inventer une nouvelle maladie.  Donnez-lui un nom, des symptômes, à qui elle s’attaque et la façon de la guérir.

Mal aux cheveuxDepuis trois semaines, c’est la panique à l’urgence de l’Hôtel-Dieu. Une curieuse épidémie frappe la région. Cela commence par des cheveux qui tombent. Rien de grave, direz-vous. Mais, quelques jours plus tard, ce sont de grandes plaques vides qui parsèment le cuir chevelu. Il y a des rougeurs et des démangeaisons. La barbe est aussi attaquée. Quelques patients font de la fièvre, mais elle est peu élevée. Les tests sanguins sont normaux sauf pour une élévation des globules blancs.

Comme nous en avions vu huit cas en quelques jours, nous avons alerté la Santé Publique. Avec la pandémie, ils ont d’autres chats à fouetter! Débrouillez-vous, disent-ils. Bien entendu, nous avons d’abord pensé à une manifestation bizarre de la Covid-19, suite à une mutation du coronavirus.

Les tests, effectués en urgence, sont revenus négatifs. Ouf! Finalement, notre microbiologiste, la Docteure Marie-Josée Lalumière, après de multiples prélèvements et des cultures en laboratoire a identifié la source de cette alopécie galopante. Le commun Staphylococcus Aureus avait muté et s’attaquait aux follicules pileux de ces personnes. Heureusement, cette bactérie était sensible aux antibiotiques.

Nous avons envoyé une alerte aux autres hôpitaux. Il a fallu trouver un nom à cette condition : Alopécia Variegata secondaire au Staphylococcus Aureus Mutant-20 ( AV sec SAM-20).


Jeudi 7 mai 2020
Voici les deux exercices de la semaine:
Exercice 1:
Quand vous lancez un bébé en l’air, il rit, parce qu’il sait que vous l’attraperez.  C’est ça la CONFIANCE.  Écrivez une histoire ayant pour thème la confiance.

Confiance

Tout en jouant avec son cube Rubic, Dave, 9 ans, l’observait de biais: qu’est-ce qu’elle lui voulait? Une autre travailleuse sociale! Il ne savait plus combien il en avait connu dans sa vie. Et il venait d’arriver dans sa troisième famille d’accueil en quatre ans. Personne ne le comprenait: il voulait retourner chez sa mère!

Sa mère, il la voyait une journée aux deux semaines. Et encore, c’était si elle pouvait le recevoir. Tout dépendait de ce qu’elle avait consommé la veille, il le savait bien. Mais c’était sa mère! Il désirait vivre avec elle. Elle allait changer s’il était là. Elle l’avait dit au juge, la dernière fois. Il voulait tellement qu’elle change!

Au plus profond de lui-même, il savait qu’elle ne changerait pas. Un désespoir qui éclatait en crises de rage à tout moment l’habitait. Ces crises épuisaient les familles d’accueil les unes après les autres. Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci? Et cette t.s., elle ne penserait qu’à faire un autre rapport à la Cour, à dire qu’il a des mauvais comportements et que sa mère ne peut pas s’occuper de lui.

Elle s’assoit par terre devant lui, l’obligeant à la regarder en face. C’est une femme d’environ trente-cinq ans. Elle dégage un calme et une assurance peu commune. Cela le met mal à l’aise.

– Je m’appelle Josiane St-Cyr, dit-elle.

– Je sais que tu me déteste par principe, avant même de me connaître. Pour toi, je suis celle qui va t’empêcher de voir ta mère. Je te précise tout de suite que tel n’est pas mon but. Je suis et je serai là pour toi, pour toi seulement.

À son grand étonnement, elle ajoute:

– Tes crises de colère ne m’impressionnent pas le moins du monde: je comprends parfaitement que c’est ta façon à toi de ne pas pleurer et de nous dire ta peine.

Elle laisse un silence pour s’assurer qu’il a bien entendu.

– Je vais te rencontrer deux fois par semaine, une heure chaque fois, les lundis et les jeudis à quatre heures.

– Pour quoi faire?, il lui répond.

– Pour que ce soit régulier, prévisible. Il y a eu trop d’incertitude dans ta vie. Et je serai là UNIQUEMENT pour toi durant cette heure. Nous allons jouer et parler, parler et jouer…

– Et si je ne veux pas parler?

Elle sourit pour la première fois.

– Fais-moi confiance! Je suis sûre que tu as plein de choses à me dire. Est-ce que ta mère t’écoute pour vrai, elle?

Des larmes de colère, de peine apparurent dans les yeux de Dave. Mais aussi une lueur, presque un espoir, un désir que ce soit vrai. Peut-être pourrait-il faire confiance à cette Josiane.

 

Exercice 2:
Dimanche prochain, ce sera la fête des mères.  Parlez-moi de la vôtre dans un texte qui la mettra en valeur.

Un défi pour ma mère

Rose était fébrile. Ça passe ou ça casse! Il lui fallait réussir cette fois. Elle avait échoué les deux derniers examens. Il faut avouer que pour elle, une mère de famille de onze enfants, qui avait en plus hébergé tour à tour sa belle-mère, sa sœur, son père, son frère alcoolique durant de longues années, obtenir son permis de conduire à soixante-huit ans n’était pas chose facile.

Elle avait lu et relu le livret pour l’examen écrit. Elle avait aussi pratiqué les manœuvres avec l’auto familiale dans la grande cour du commerce puis en allant au village, sous le regard inquiet de mon père, lui qui ne comprenais pas trop pourquoi sa Rose insistait tant pour conduire: il pouvait l’amener où elle voulait!

Il ne consevait pas ce besoin d’autonomie, de liberté. Il n’aimait pas les quilles et l’Âge d’Or… Il préférait rester tranquille chez lui. Elle avait besoin de participer à des activités, de rencontrer des gens…

Ils se rendirent au “Bureau des Licences” du village voisin. Son examen était prévu à dix heures. Malgré sa nervosité, cette fois l’examen fut une réussite. Ouf! La liberté, c’est aussi de pouvoir aller où on veut! Elle en était bien fière.

 

Bonne semaine et bonne fête à toutes les mamans et à toutes les femmes. Bisous.
Jeudi le 14 mai 2020

Exercice 1:

Vous devez compléter les 2 phrases suivantes, soit en prose ou en vers selon votre inspiration du moment (thème libre)

«La vie est étrange avec ses détours

Nous l’apprenons tous un jour» …..

Étrange vie

La vie est étrange avec ses détours, nous l’apprenons tous un jour. Né dans une famille nombreuse de l’Abitibi, je me voyais contraint à une vie bien limitée. À La Sarre, on cultive plus les épinettes que les livres! Je croyais être condamné à demeurer dans ce pays perdu au Nord.

Une tante, sœur de mon père, en décida autrement. Ayant épousé un notaire et n’ayant pas d’enfant, elle voulut me prendre sous son aile. À dix ans, je m’envolai donc pour Montréal et je me suis retrouvé dans une école privée. Ma tante m’amenait à l’Opéra, aux musées et m’achetait tous les livres que je désirais.

Elle voulait faire de moi un artiste-peintre ou un écrivain! Mais, en secondaire III, je rencontre un professeur de chimie qui me fait découvrir les sciences. C’est ainsi que ma vie a bifurqué vers le domaine de la recherche et que je suis devenu Professeur de Biochimie à l’Université McGill. Pas si mal pour un petit gars de l’Abitibi! Malgré cela, je crois que ma tante ne s’est jamais remise de ses espoirs déçus.

 

Exercice 2:

 

Vous avez trouvé une lettre dans votre boîte aux lettres et vous l’avez ouverte.  Mais cette lettre ne vous était pas adressée.  De qui était-elle? Que contient-elle? À qui était-elle adressée?.

Faites une belle histoire de cette lettre.

Une lettre

Le facteur dépose une lettre dans ma boîte et je l’ouvre rapidement. Il est si rare de recevoir autre chose que des factures ou des publicités. La missive avait de quoi me surprendre.

” À mon cher Amour,

Lorsque je t’ai vu la semaine dernière, j’ai ressenti comme un poignard dans mon ventre. J’étais sans voix, bouche bée, totalement désarçonnée. Est-ce cela le coup de foudre? De la soirée, j’ai été incapable de t’adresser la parole ni même de t’approcher. Moi que l’on décrit comme une personne déterminée et sûre d’elle, ce que je suis dans mon travail, je me sentais comme une adolescente à sa première sortie avec un garçon. Je suis certaine que j’aurais bégayé si tu m’avais adressé la parole. Je suis donc restée dans mon coin, t’observant à la dérobée sans oser te faire signe.

À quarante ans, divorcée depuis cinq ans, sans enfant et sans attaches, je suis une femme libre. Tu es l’homme de ma vie, j’en suis convaincue. Nous sommes faits l’un pour l’autre. Les astres le veulent, je l’ai lu dans mon horoscope.

Cette lettre est pour t’annoncer que je t’attends, que je t’attendrai toute la vie s’il le faut. Viens vite, mon chéri. La vie est trop dure sans toi. Tu verras que j’ai des trésors d’amour et de tendresse à te donner. Tu es si beau que j’en frémis. Je t’aime, je t’aime, JE T’AIME !!!

Tu ne peux pas refuser un tel amour. Depuis une semaine, je ne vis que par toi et pour toi. Tu es mon Dieu! Avant-hier, je suis allée à ton bureau pour y adorer l’ombre de ton auto… Car là où tu mets le pied, la terre me devient sacrée. Je pense à toi, je ne vis que pour toi.

Viens à moi, mon amour mon adoré,

Ta Josée”

 

J’étais très perplexe  et un peu inquiet devant cette lettre. Mais qui est donc cette Josée? J’étais à une réunion de la Chambre de Commerce la semaine précédente mais je n’avais rien remarqué de particulier. Qui est cette illuminée? Un amour si dévorant, si total est même inquiétant. Pourrait-elle en venir à m’agresser si je l’ignore?

Décidé à en avoir le cœur net, j’examine l’enveloppe et je constate que cette lettre était adressée à mon voisin! Le facteur s’était tout simplement trompé d’adresse. Mais comment lui expliquer que j’ai lu une telle lettre? La situation est vraiment embarrassante.

Jeudi 21 mai 2020

Comme d’habitude, à la fin de la saison d’écriture, on se rend au restaurant pour se réunir une dernière fois et papoter ensemble dans un décor moins formel.

 

Vous devez donc imaginer dans quel restaurant on se rendrait, qui serait là, qu’est-ce-que vous mangerez, que vous boirez, quel sera votre dessert, quelle sera l’ambiance, le service, les jeux et que se dira-t-on à la fin du repas.

 

Bon dernier atelier.



CONTE

Voici le canevas pour l’écriture du chapitre 1:

Les personnages discutent du problème de l’émir de Kadash.  La sultane écoute, dissimulée derrière une fenêtre grillagée qui donne sur la salle du Conseil.  Pour lier les deux familles, on suggère de demander la fille de l’émir en mariage et d’inviter son jeune fils à devenir l’écuyer de Karim.

Le défi en réalisant votre texte d’une page environ ou moins est de faire intervenir les cinq sens (toucher, odorat, goût, vision et audition).

Chapitre 1          Abraham ben Gour

 

Je me suis levé, comme chaque matin,  à l’appel du muezzin. Veuf depuis dix ans, je vis dans une maison modeste du quartier juif.  Je m’habille d’un habit de lin, rude au toucher mais inusable. J’y suis habitué. Je prends un rouleau du Livre au hasard et je laisse Yhwh guider mon doigt sur un verset à méditer :

‘’Toujours ferme, la lèvre vraie-

bientôt brisée, la langue menteuse’’ (Proverbes 12, 19)

Je souris en pensant au Conseil convoqué par le Sultan. J’aurai encore à affronter les demi-vérités du Grand Vizir, oser dire le vrai, calmement, avec humilité, pour le plus grand bien de tous. Que me réserve ce Conseil?

Je savoure lentement mon déjeuner : quelques dattes, du pain trempé d’une huile d’olive et de l’eau. Je mets mon kippa, cette calotte que tous les juifs portent. La rue grouille de gens qui vont au souk. La rumeur sourde attire la foule mais je remonte la rue, dirige mes pas vers le Palais. Les gardes me laissent passer : le médecin royal est reçu en tout temps.

Arrivé à la salle du Conseil, je salue dans les règles le Grand Vizir, disant le ”Assalamu alaykum’’ en me touchant le front, les lèvres et le cœur, tout en m’inclinant avec respect. Le vizir répond à mon salamalec avec une certaine raideur. Je connais bien son animosité à mon endroit.

À cette heure matinale, le soleil entre par les fenêtres haut placées. Les faïences luisent d’un éclat jaunâtre et un grand lustre de cuivre rutile sous les rayons obliques. Un serviteur apporte un plateau de pâtisseries et de fruits qu’il dépose sur une table basse autour de laquelle sont disposés d’épais coussins. De grands tapis couvrent la pièce, ajoutant à la richesse du décor. On allume un brûleur d’encens : son parfum envahit l’espace. Je jette un regard vers le moucharabieh accroché au mur de droite : la Sultane s’y cache peut-être. Elle écoute régulièrement le Conseil.

Al-Din, le général, un homme de trente-deux ans, mince, aux gestes secs, arrive à son tour. Il a l’habitude de commander et d’obéir aux ordres. Je le sens mal à l’aise dans ce Conseil où l’on cache toujours ses véritables intentions, où les intrigues et les intérêts particuliers priment sur l’action.

Le sultan et son fils entrent. Tous s’inclinent profondément. D’un geste, il indique les coussins et l’on s’installe. Un serviteur sert un thé de Chine, luxe que tous savourent en silence. Le goût amer et légèrement fumé me râpe la langue. Le serviteur se retire dans l’ombre, gardant le regard baissé.

Le Vizir ouvre la discussion :

‘’ Votre Grandeur, le secteur ouest des murailles nécessite des travaux importants. Il faudra débourser près de neuf mille dinars pour ce chantier.’’

Le général intervient :

‘’Dans ce cas, il faut en profiter pour hausser les murs et y ajouter des mâchicoulis : la porte ouest sera mieux protégée en cas d’attaque.’’

‘’ Il faudrait six mille dinars de plus pour de tels travaux! Les finances du royaume ne sont pas si fortes.’’ objecte le Vizir.

‘’ Prenez huit mille dinars et débutez le travail. Je vais discuter des coûts avec Youssouf, le maître-maçon.’’ répondit le Sultan.

Il sait  que son vizir garde un pourcentage pour lui-même. Mais le goût du luxe du vizir est une faiblesse que le Sultan sait exploiter à son avantage.

Il prend une datte sur le plateau, une Deglet Nour (doigt de lumière) de Kadesh, la savoure avec ostentation. ‘’Kadesh produit les meilleures dattes qui soient. Ils en vendent beaucoup. De plus, les caravanes vers Jérusalem et l’Égypte doivent toutes passer par cette voie. Je veux m’assurer que nous soyons les maîtres de cette route. Mais comment faire?’’

‘’ Donnez-en l’ordre et je vous amène l’Émir bin Abdoul enchainé à vos genoux d’ici un mois’’, répond le général al-Din.

Karim s’agite, prêt à appuyer cette proposition guerrière. Le Sultan le coupe d’un geste. ‘’Non! Vous auriez besoin des trois-quarts de nos troupes et nous serions à la merci de nos ennemis. Ce serait imprudent.’’

Chacun cherche une solution. Le vizir avance une proposition : ‘’Il y aurait une solution, votre Grandeur. Et cette solution peut aussi améliorer les finances du royaume.’’ Il laisse un silence planer pour ménager son effet. ‘’L’Émir a une fille de 17 ans, Soraya. Votre Grandeur n’a que trois épouse… Il devra aussi lui verser une dot à la hauteur de l’honneur qui lui est faite!’’ J’entends un murmure étouffé du mur sud. Je devine que la sultane espionnait le Conseil.  Le Grand Vizir est souriant. Je vois son stratagème. Avec ce mariage,  ce sera la guerre dans le sérail : l’attention du sultan serait tournée vers sa famille et le vizir aurait le champ libre pour ses combines.

Le sultan est distant, rêveur. Il parait enchanté de la suggestion de son vizir. Bien sûr, il lui faudra apaiser les craintes de la sultane, très jalouse de sa position et connue pour son caractère bouillant. Elle domine clairement les deux autres épouses et elle tient à son influence. Mais une jeune épouse, cela est fort tentant pour cet homme de quarante-huit ans.

Je décide d’intervenir : ‘’La suggestion de Monseigneur le Grand Vizir est fort intéressante et résout certains problèmes. Toutefois, l’Émir bin Abdoul pourrait tergiverser et se braquer. Il est très attaché à sa fille et lui passe tous ses caprices. Elle sait même monter à cheval! Tandis qu’un mariage avec votre fils Karim unirait vos deux familles plus étroitement. L’Émir de Kadash sera honoré de la voir première épouse du Prince héritier et future Sultane. Il ne pourra refuser.’’

‘’On pourrait de plus demander que son fils Djamil accompagne sa sœur et devienne écuyer du Prince.’’ ajoute le général. ’’Avec sa fille et son fils entre nos murs, l’Émir bin Abdoul ne pourrait plus s’opposer à notre pouvoir.’’

Le sultan comprend que ses rêves de félicité conjugale s’envolent. Avec un soupir, il donne son assentiment. ‘’Monseigneur le Grand Vizir, écrivez une missive à l’Émir y faisant part de notre désir d’honorer ainsi sa famille. Général al-Din, vous serez notre ambassadeur extraordinaire et notre messager. Vous partirez avec la prochaine caravane pour Kadesh.’’

Il se lève et quitte le Conseil sans ajouter un mot. La sultane attend ses explications.


L’exercice de cette semaine est de choisir deux personnages dans la liste des personnages et de décrire leur apparence physique (taille, allure générale, cheveux, etc.), leur caractère (leur manière d’être, qualités, défauts, etc.)

Jaber

En tant que fils cadet du sultan, Jaber n’avait aucune obligation officielle. Cela lui convenait parfaitement. Il avait la nostalgie de la douceur du harem, qu’il avait dû quitter à l’âge de dix ans. Il y retournait souvent pour y rencontrer sa mère, jouer du oud et se prélasser à la fraicheur des fontaines. Depuis peu, il avait découvert les poèmes d’Omar Khayyan, dont il se délectait et tentait d’imiter.
C’était un rêveur, aussi peu fait pour l’action qu’une brebis pour la chasse. Malgré son long corps d’adolescent ayant grandi soudainement, ses mouvements gardaient la grâce naturelle de l’enfance. À seize ans, il rêvait d’amour, mais d’un amour lointain, nébuleux, dont l’objet demeurait un idéal plutôt qu’une personne en chair et en os.
Sa nature douce ne le portait pas aux excès. Il aimait les mets fins mais mangeait avec modération. Il aimait la lecture et se procurait tous les ouvrages que les marchands lui apportaient de Bagdad ou de Perse. Il aimait échanger avec l’astrologue royal et même avec cet Abraham ben Gour qui avait tant voyagé et tant lu…

La Sorcière

Samia était une femme sans âge. Vêtue de peaux de chèvres et de haillons, avec ses cheveux sales où l’on devinait plus de cheveux blancs que de noirs, et un visage buriné par le soleil du désert, elle aurait pu passer pour une mendiante. Et pourtant, on venait de loin pour la consulter, lui demander un avis, un oracle ou quelque potion aux pouvoirs que la renommée disait magiques.
Elle s’assoyait sur une pierre presque carrée, à l’entrée de sa caverne, tenant un long bâton noueux, poli et usé par le temps, qui lui faisait comme un sceptre. Assise ainsi, elle ressemblait à quelque divinité antique que l’on approchait avec déférence et circonspection.
D’un regard fixe, acéré, elle examinait les suppliants qui l’approchaient. Personne ne pouvait supporter longtemps ce regard inquisiteur, qui plongeait au plus profond de votre âme et discernait vos secrets les mieux gardés. Elle écoutait beaucoup, parlait peu, habituée au silence de la montagne où elle errait avec ses chèvres.

 



Chapitre 2      Fatma

 

Kamel! Ton souvenir vient encore me hanter. Après plus de vingt ans! Non, je suis incapable de t’oublier. Mon Kamel si séduisant et d’une si rare beauté. Tes yeux couleur charbon ardent, ta chevelure noire de jais descendant en cascade ondulée jusqu’au bas de ton dos, ton visage buriné plein de douceur et de détermination… Ah! Si mon père avait accepté ta demande en mariage au lieu de celle du sultan… Mon cœur bat la chamade et je suis toute rouge juste d’y penser. Mon grand amour! M’aimes-tu encore? Même au péril de ma vie, je dois te revoir au moins une fois avant que l’âge ne me ride et que ma beauté ne soit plus qu’un souvenir. Mais comment faire? Le sultan ne doit pas se douter de rien! Il va voir mon trouble. Je suis sûre qu’il vient me parler… L’attaque est la meilleure défense. Le voilà qui arrive! Prenant un visage irrité, je lui lance:

              Comme je vois, vous décidez d’un mariage sans même me consulter! C’est mon fils tout de même!

Le sultan s’attendait à des reproches.

–        Il est grand temps que Karim se case. Je n’aime pas le voir trainer dans les lupanars de la ville.

–        Là n’est pas la question. Il pourrait se choisir des concubines bien nées. Il est encore bien jeune et peu mature. Il n’est pas prêt pour le mariage! Vous aviez plus de vingt-six ans lorsque vous m’avez choisie.

–        Et j’en garde un merveilleux souvenir, ma biche adorée.

–        Ne cherchez pas à m’amadouer avec vos mots doux! Le mariage de notre ainé est trop important pour être décidé à la légère. Avouez que vous auriez préféré prendre vous-même Soraya comme quatrième épouse!

–        Mais non, lumière de mes nuits, je n’ai jamais dit que je voulais l’épouser!

–        Non, mais je vous ai entendu le penser! Après tout ce que j’endure pour vous… J’ai accepté les deux autres mais une jeune de dix-sept ans, ce serait trop me demander.  Et vous n’avez rien vu dans le jeu de votre Grand Vizir, j’en suis convaincue.

–        Qu’est-ce que vous voulez insinuer, ma chère?

              Vous êtes toujours aussi aveugle! Il voulait me faire rager, provoquer le trouble dans le harem, m’éloigner de vous et ainsi avoir les mains libres pour ses petites combines. Je vous répète qu’il faut se méfier de lui.

–        Je connais son goût du luxe et du pouvoir. Mais c’est l’homme le plus compétent pour gérer le royaume et collecter les taxes. Et reconnaissez qu’il est un fin négociateur.

              Je vous l’accorde. Méfiez-vous malgré tout. Quant à cette Soraya, je crains qu’elle ne nous cause des difficultés. Son père lui laisse faire tout ce qui lui tente. Elle monte à cheval! Quelle éducation! Il va falloir l’avoir à l’œil et protéger notre Karim d’un tel laisser-aller.

              Par contre, ne croyez-vous pas que l’Émir de Kadesh, en se liant ainsi à notre famille, ne soit obligé de collaborer avec nous et d’abandonner ses idées d’indépendance?

–        Je vous le concède. Le calcul est bon. Surtout si son fils est ici tel un otage…

–        En invité privilégié, ma chérie, en invité d’honneur!

              Si vous préférez ces circonvolutions diplomatiques…  Moi je préfère nommer une chamelle une chamelle. Toutefois, la partie n’est pas gagnée. Il pourrait chercher à gagner du temps, vouloir négocier la dot, poser ses conditions et même refuser net… Et Al-Din n’est pas capable de régler quoi que ce soit!

–        Mais sur qui d’autres pouvons- nous compter? Je ne peux pas me séparer du Grand Vizir. J’en ai besoin ici!

(Le voilà rendu là où je voulais l’amener!) Je me jette à l’eau :

        Mon adoré, j’aimerais devenir l’ambassadrice de vos décisions et transmettre en personne ces offres à l’Émir. Je pourrais en votre nom lui faire miroiter les avantages d’une telle alliance. Je suis bien placée pour négocier en faveur de nos intérêts. De plus, comme la réputation de sa fille Soraya semble un peu particulière, je pourrais me porter garante de sa conduite, de sa valeur, et de la compatibilité d’un mariage avec notre fils Karim, l’héritier de l’empire.

Après un long silence, le sultan répond :

       Quelle surprenante demande ! Avez-vous songé aux dangers de ce voyage? Les routes sinueuses du désert avec ses ergs et ses regs sont inhospitalières. Les nomades de ces régions pourraient attenter à votre vie ou vous enlever pour obtenir une rançon. Croyez-vous que de tels risques en valent la peine? S’il fallait qu’il vous arrive malheur, jamais je ne me le pardonnerais!

       C’est bien gentil de vous préoccuper ainsi de moi. Avec le général Muhammad al-Din et les gardes du palais comme protection, nul ne pourra m’atteindre.  Je ne vois que des avantages à cette mission. Soyez assuré que je vais négocier ferme pour obtenir une dot qui va renflouer notre trésor et combler tous vos souhaits. Notre empire ne s’en portera que mieux. Votre grandeur et votre gloire m’importent plus que ma vie.

Un silence s’installe. Je vois bien qu’il médite une décision. Avec un soupir, il capitule:

       D’accord, ma colombe. Je vous vois bien déterminée à vous rendre à Kadesh. Je vais donner les ordres nécessaires au général Al-Din.

Sur ce, il s’en va. Je pousse un soupir de soulagement. J’ai gagné! Je vais revoir Kamel!


Chapitre 3

Le Général Al-Din arrive à Kadesh.

– Décrivez son arrivée et sa réception par l”Émir Kamel bin Abdoul

– Ce dernier lit la lettre demandant la main de Soraya pour Karim, le fils du sultan.

Écrivez cette lettre.

– Quelle est la réaction de l’Émir devant cette demande: ce qu’il en pense vraiment et ce qu’il dit à l’ambassadeur.

 

Chapitre 3                      Muhammad Al-Din (en l’an 1255)

 

Dans mon exil en Égypte, moi Muhammad Al-Din, autrefois général des forces du sultanat d’Al-Khandra, ai décidé d’écrire une chronique des événements auxquels je fus mêlé. Beaucoup de racontars, de légendes et d’histoires merveilleuses entourent cette période troublée de mon pays. On parle de philtres d’amour, de sorts jetés, et d’interventions maléfiques pour expliquer cette ère de bouleversements. Quant à moi, j’y vois plutôt les passions indomptées des uns, les ambitions démesurées des autres et la folie des hommes.

Je m’en tiendrai donc aux faits, racontant ce que j’ai vu et utilisant les confidences des autres acteurs de cette histoire. Le destin se joue de nous, pauvres humains, et nous entraine au gré des vents et des tempêtes. Aujourd’hui, arrivé à cet âge où il faut apprendre à mourir, comme le disait le vénérable Abraham ben Gour, je désire me libérer de ces sombres secrets. Les hommes du futur seront-ils plus prudents en comprenant les folies de notre temps ? J’ai peu d’espoir que cela soit un jour. Les passions nous domineront toujours et peu de nous accèdent à la sagesse.

Voici donc mon histoire. Que le lecteur pardonne les maladresses d’un vieux soldat qui n’a pas passé sa vie dans les livres.

En cette année 618 de l’Hégire, le sultan Abdullah bin Ali m’avait chargé d’une ambassade auprès de l’Émir de Kadesh, Kamel bin Abdoul, dont l’ambition et les velléités d’indépendance menaçaient la survie même du sultanat. Une alliance, avalisée par un mariage entre Soraya, la fille aînée de l’émir, et Karim, prince héritier du sultan, devait mettre fin au conflit latent. La sultane Fatma était du voyage. Elle devait discuter de la dot et convaincre l’Émir d’accepter cette offre.

Le long voyage, deux semaines à travers les montagnes de la Lune et le désert de Jawid, s’étaient déroulé sans anicroches. La caravane partait très tôt pour profiter de la fraicheur du matin. Nous faisions halte de 13 heures à 18 heures pour repartir dans la soirée, cheminant si possible à la lumière de la lune.

Kadesh avait été prévenu de mon arrivée par un courrier parti en avant-garde trois jours auparavant. On avait caché la présence de la sultane. Nous avions établi nos tentes à l’orée de l’oasis pour nous préparer à une entrée grandiose dans la médina et au palais de l’émir le lendemain.

La population, curieuse du spectacle, s’était massé le long du parcours. Trente cavaliers de la Garde Royale en tenue d’apparat, turbans et ceinturons blancs, capes rouges bordées d’or et bottes de cuir ouvragés, ouvraient le cortège. Les chevaux, des alezans aux pattes blanches, étaient habillés de couvertures à franges et on avait tressé leurs crinières. Sur de grandes hampes, les oriflammes battaient au vent. On fit sonner les chofars. Le cortège s’avança. La foule, éblouie par ce déploiement, lançait des vivats et des you-yous de joie.

Les méharistes, tous habillés de blanc et d’un turban jaune, suivaient. La beauté des chamelles et l’adresse des conducteurs faisaient merveilles. Monté sur mon cheval noir, piaffant et sautillant, je précédais une armée de serviteurs qui entouraient une litière fermée. Tous s’interrogeaient sur l’identité de ce visiteur de prestige ainsi caché aux regards.

Arrivés devant les portes du palais, les chofars résonnèrent de nouveau. Devant les notables alignés près de l’entrée, les cavaliers firent un carrousel. Ce fut une démonstration de savoir-faire équestre. Les montures se croisaient au pas puis au trot, dans une chorégraphie parfaite. Les you-yous redoublèrent. Puis les chevaux et les chamelles s’agenouillèrent sur deux rangés dans un ensemble bien coordonné. La litière, portée par des eunuques, s’avança au milieu de cette haie d’honneur jusque dans l’enceinte du palais. On ferma les grandes portes, laissant planer le mystère sur l’identité du visiteur ainsi honoré.

Dans la cour intérieure, l’Émir Kamel bin Abdoul et son fils Djamil nous attendait, debout sur de grands tapis persans, droits et fiers.

L’apparition de la sultane, superbe et hautaine, couverte de ces plus beaux bijoux, créa une commotion. Tous croyaient en la visite du Grand Vizir. Je perçus un élan vite réprimé de la part de l’Émir. L’émotion le laissa sans voix un moment. Il se ressaisit, nous saluant avec respect et selon les conventions.

Il nous fit pénétrer dans la grande salle de réception. La magnificence des lieux ne laissaient aucun doute sur la richesse de l’oasis. Des tapis somptueux décoraient murs et planchers. Une grande aiguière d’or finement ciselée trônait sur un plateau d’argent. Des effluves de menthe fraiche se dégageaient de théières au long col. Sur un mur orné de faïences géométriques, quatre grandes défenses d’ivoire témoignaient des échanges avec la lointaine Afrique. Des coussins moelleux nous attendaient, devant des plateaux de dattes, fruits frais, loukoums et pâtisseries aux pistaches.

L’Émir me connaissait bien. On s’était rencontrés plusieurs fois à la réunion annuelle des Émirs. Il s’enquit de notre voyage, de la santé du sultan et nous avisa qu’il avait préparé des chambres d’invités. Il donna des ordres pour que la sultane ait ses quartiers privés avec ses servantes dans une aile du palais. Après les politesses d’usage, on servit le thé à la menthe. Il s’enquit alors de l’objet d’une ambassade aussi prestigieuse. Il n’avait d’yeux que pour Fatma qui, toujours souriante, fit un geste dans ma direction.

Je tendis à l’Émir un rouleau avec le message du Sultan.

Il l’ouvrit :

‘’Nous, Sultan d’Al-Khandra, descendant du Prophète par Ali, Commandeur des croyants, chef suprême des oasis de Sakâkath, Jawel, Al-Hardash, Bettawi, Kadesh, Boukra et Nalbeth, Seigneur des bédouins du Jawid et des montagnes de la Lune, te saluons avec amitié. Qu’Allah le Miséricordieux t’ai en sa sauvegarde.

Mon frère, car c’est à ce titre que nous voulons dorénavant te parler, nous avons arrêté  un grand dessein pour nos deux familles. Nous voulons établir une union sacrée avec Kadesh pour le plus grand bien du royaume. Nous demandons la main de votre fille Soraya comme première épouse pour notre fils et héritier Karim. Elle aura ainsi pour destin de remplir le rôle de sultane lorsque Allah le Miséricordieux, que son nom soit béni, me rappellera dans son Paradis.

En gage de notre estime, nous avons délégué notre première épouse, la Sultane Fatma, pour régler les détails de ce mariage. Elle pourra ramener votre fille à Al-Khandra avec tous les honneurs dus à la future épouse de notre fils bien-aimé.

Nous désirons aussi inviter votre fils Djamil à venir occuper le poste prestigieux de Premier Écuyer de Karim. Auprès de lui et du Général Al-Din, il pourra ainsi parfaire sa formation militaire. Nous ne doutons point que sa présence auprès de nous ne soit d’un grand réconfort pour sa sœur Soraya, car l’on nous dit qu’ils sont très liés.

Nous appelons sur vous, mon cher frère, les bénédictions du Très Haut. Nous espérons vous recevoir bientôt dans notre belle cité d’Al-Khandra pour les célébrations du mariage.

Et Nous signons: Abdullah bin Ali, Sultan d’Al-Khandra.’’

L’Émir lut le texte sans sourciller. Aucune émotion ne transparut sur son visage. J’appréciai la maitrise de lui-même dont il faisait montre. Son esprit vif saisit toutes les implications de cette demande : il était coincé. Il ne pouvait refuser sans encourir de graves complications.

Il me répondit d’une manière très diplomatique :

‘’ C’est un très grand honneur que me fait le Sultan. Cette proposition surprenante mérite réflexion. Je dois en discuter avec mes conseillers et notre astrologue. Je crains que la dot que je peux donner ne soit pas à la hauteur d’un tel honneur.’’

La richesse étalée devant nous démentait de tels propos mais je ne pouvais que m’incliner devant sa volonté de gagner un peu de temps. Je répondis :

‘’ Nous avons prévu retourner à Al-Khandra avec la prochaine caravane, dans huit jours’’, lui indiquant ainsi que les délais étaient courts.

‘’ Vous êtes donc mes invités pour cette période. Je vous donnerai ma réponse avant votre départ. Profitez de ce buffet et de mon humble demeure d’ici-là. Mes serviteurs et mes servantes sont à votre disposition. Je vous convie à un grand festin ce soir. Il y aura de la musique, des danses et je pourrai alors présenter ma fille à notre sultane.’’ dit-il avec un regard appuyé dans sa direction.


Le canevas pour le chapitre 4 est le suivant :

–Durant le festin, l’Émir de Kadesh présente Soraya aux ambassadeurs.

-Al-Din est subjugué par Soraya, en devient amoureux

-Fatma chante une chanson qui parle d’un amour perdu.

-Quels sont les plans futurs de l’Émir?

 

Chapitre 4 : La Fête 

 

Tout débuta par un festin. Les hommes se retrouvaient ensembles autour de grands plats de semoule sur lesquels des serviteurs servaient les viandes grillées et les légumes. Plusieurs notables, riches marchands et conseillers de l’Émir, furent présenté au Général Al-Din. On parlait de négoce avec les vénitiens, du pouvoir du Grand Khan si ombrageux et de la menace des Kalash. L’Émir écoutait attentivement, corrigeait parfois une information fautive et Al-Din ne put qu’admirer la qualité et la diversité des intérêts des notables de Kadesh. Il constata que nul n’avait une attitude de courtisan, que tous conservaient leur franc parlé devant l’Émir.

 

Ce dernier écoutait beaucoup, s’exprimait en peu de mots. Il questionna sans relâche un marchand arrivé de l’étranger, s’intéressant au prix des denrées, voulant connaître les derniers changements dynastiques, les famines et les guerres, mêmes lointaines. Mais il demeurait distant, préoccupé. Al-Din ne doutait pas que le sujet du mariage de sa fille et d’une alliance dynastique avec Al-Khandra le tracassait.

 

Al-Din questionna Djamil sur sa formation militaire. Ce dernier était fier de lui raconter son entrainement au cimeterre et sa passion pour les chevaux. Il parlait d’un nouvel arc qu’il utilisait quand son père lui coupa la parole pour lui demander ce qu’il pensait du projet d’aller à Al-Khandra. Il réfléchit un moment et demanda :

-Farid pourrait-il venir avec moi ?

-Bien sûr, s’il obtient la permission de sa mère, répondit l’Émir avec un sourire.

Et il ajouta à l’intention d’Al-Din :

-Ces deux garçons sont inséparables. Ils sont du même âge. Farid est le fils de la marchande Séphora, veuve depuis deux ans. Lui et Djamil voudraient bien que je l’épouse !

-Pourquoi pas ? C’est une très belle femme. Je suis certain qu’elle ne dirait pas non, répondit Djamil.

L’Émir se contenta de sourire et de faire un geste de dénégation de la main.

 

Peu après, on fit entrer les musiciens pendant que l’on desservait les plats. Les joueurs de nay, ces flûtes de roseau si répandues dans nos contrées, amorcèrent une mélodie lente et voluptueuse. Le oud et le tar à long manche se joignirent à cette musique. Le joueur de tabla vint appuyer le rythme. Une dizaine de danseuses entrèrent alors sur une petite scène, se déhanchant en faisant tourner leurs voiles, frappant du pied pour accentuer les temps forts, toutes en grâces et en séductions. Elles enchaînèrent avec une danse du ventre enlevée, chacune des danseuses montrant tour à tour sa virtuosité par une improvisation personnelle. Ces démonstrations plurent fort aux convives. On applaudit bruyamment la performance.

 

Fatma fit alors son entrée, parée de ses plus beaux bijoux, entourée d’un groupe de femmes qui lui accordaient la préséance.  À son côté se tenait Soraya. De petite taille, elle s’effaçait devant la prestance de la sultane. Sa grâce naturelle compensait largement ce handicap. Elle vint s’assoir au pied de l’Émir. Celui-ci l’accueillit avec un large sourire, faisant fi de ce bris des conventions.  Al-Din fut ébloui par cette apparition, cherchant un moyen de l’aborder sans trop montrer son émoi.

 

Les musiciens entamèrent une ballade et les conversations reprirent. Se souvenant de la belle voix de Fatma, Kamel lui demanda si elle voudrait bien chanter. Elle se leva, alla vers les musiciens et emprunta un oud à l’un d’eux. Le silence se fit dans la salle. Elle entama une lente mélopée, s’accompagnant au oud.

Un joueur de nay souligna la mélodie. La voix claire de la Sultane s’élevait dans la salle. Elle chantait l’histoire de la princesse Almina, qui attendait le retour de son amoureux parti à la guerre. Elle parlait de sa peine, de la douleur de l’absence. La chanson se terminait par la phrase : ‘’ Quand me reviendra-tu, mon tendre amour?’’ Elle chanta ce dernier vers avec de tels accents de vérité que tous en furent émus. On applaudit vivement sa prestation et Kamel la regardait avec une expression lui disant qu’il avait bien compris le message.

 

Durant ce numéro, Al-Din avait contemplé le visage de Soraya, surveillé chacune de ses réactions. Il n’avait rien vu de l’échange entre l’Émir et Fatma, tout entier pris dans son propre vertige. Se sentant observée, Soraya se tourna vers lui et lui sourit. Se souvenant de son amour de l’équitation, il lui demanda quel type de chevaux elle montait. Moqueuse, elle lui répondit qu’il s’agissait d’une curieuse façon d’entamer une conversation avec une femme. Il rougit et elle éclata d’un rire cristallin. Elle se racheta en lui disant combien elle avait trouvé magnifique son cheval noir, le complimentant sur son habileté à contrôler un étalon aussi nerveux. La conversation se poursuivit sur un ton mi-sérieux, mi-badin. Il ne savait que penser devant cette jeune femme qui faisait montre d’une telle liberté dans son attitude, sans la réserve et de la soumission que l’on s’attendait de trouver chez les femmes. Loin d’en être scandalisé, il trouvait cette attitude rafraichissante et il en était ébloui. Pour la première fois de sa vie, il sentit non pas un désir, mais un amour définitif, absolu, irrémédiable. Mais cet amour lui était interdit : elle était promise à Karim. Il devait faire taire ses sentiments. C’était son devoir.

 

Les invités quittaient peu à peu. Al-Din remercia chaleureusement l’Émir de cette soirée et retourna dans ses quartiers, le cœur lourd.

 

Les textes sont dus pour le 14 juin.

Bien entendu, tous peuvent participer à cet exercice.

Bonne écriture!

Yves Dion


Chapitre 5 : Nuit d’amour

Jour 22-23

De retour dans sa chambre, Fatma mit un vêtement de nuit en soie, ample et irisé. Le doux frottement du textile sur sa peau ne faisait qu’exacerber son désir. Elle ne pouvait pas aller rejoindre Kamel et cinq eunuques, postés dans l’antichambre, gardaient jalousement sa porte. Ils mourraient avant de laisser passer qui que ce soit. Et le sultan serait informé de tout manquement. Elle demeurait prisonnière de son mariage.

Elle se coucha, essaya de s’endormir. Peine perdue, elle bougeait sans cesse, en proie à son désir, le corps fiévreux. Des lampes de chevets lançaient leur faible lueur sur les tapisseries. Dans l’angle du mur, l’une d’elle se mit à onduler. Quelqu’un s’était-il caché derrière ? Elle saisit un stylet pour se défendre, se préparait à lancer l’alarme quand elle vit Kamel apparaître.

Surprise, éperdue, elle se jeta dans ses bras. Ils s’embrassèrent avec passion. Reprenant son souffle, elle demanda :

–       Mais comment as-tu fait pour entrer ici ? Les eunuques surveillent l’entrée sans relâche.

–       Il y a une porte secrète derrière cette tapisserie. C’est pourquoi je t’ai fait donner cette chambre, répondit-il.

 Ils se serrèrent de nouveau, s’embrassant avec avidité. Une soif, une faim de l’un l’autre les possédait. Il l’entraîna vers le lit, enleva sa djellaba d’un geste brusque, la dévêtit rapidement, embrassa son cou, ses yeux, sa bouche, dans l’urgence d’un désir longuement contenu. Elle admirait ce grand corps musclé, éperdue de bonheur, caressant son visage, ses longs cheveux…

Ses mamelons, durs et pointus se dressaient vers lui. Il les prit dans ses mains, les caressant amoureusement. Elle s’ouvrait à lui, il la pénétra doucement. Ils restèrent un instant sans bouger, leurs corps frémissants de leurs désirs émerveillés, de cette fusion tant attendue. Ils se chevauchèrent d’un rythme régulier, accordés comme de vieux amants même si c’était une première fois. Il plongea dans le puit de ses yeux, s’abima dans son regard, se perdit en elle. Soudés l’un dans l’autre, ils se caressaient, s’embrassaient, se mordaient, explorant les méandres de leurs corps et de leur désir.

Leurs souffles et leurs mouvements s’accélérèrent. Leur excitation se fit pressante. Il ralentit le rythme, désirant prolonger ces moments. Il se tourna sur le dos, l’entrainant au-dessus de lui sans se séparer d’elle. Elle le chevaucha à son tour, emportée par son propre désir. Ils s’envolaient sur un tapis volant, dans un univers d’étoiles et de génies. Ils se laissèrent envelopper de voluptés, de sensations nouvelles. La tendresse remplaçait la passion. Le torrent devenait une eau cristalline, une douce fontaine. Ils se laissèrent porter par une langueur diffuse.

Plus tard, la passion revint. Leur cœur s’accéléra, leur souffle devenait plus court, leur étreinte plus pressante. La jouissance montait, approchait d’un paroxysme. Ils ne faisaient plus qu’un : elle était lui, il devenait elle. L’univers s’anéantissait dans cette fusion de leurs âmes et de leurs corps. Ils étouffèrent leurs gémissements dans un long baiser pour ne pas alerter les gardes. Puis, épuisés, émerveillés, ils s’embrassèrent encore. Un silence voluptueux les enveloppa. Ils se dirent leur amour puis s’endormirent, enlacés l’un à l’autre.

Au petit matin, ébranlé, titubant, Kamel dut quitter Fatma. Il lui promit de revenir la nuit suivante et se faufila au dehors par la porte dérobée.



Chapitre 7

Jour 24

 

La nuit est venue depuis quelques heures. Fatma entend les eunuques qui fêtent dans l’antichambre. L’émir leur a fait servir du vin ‘’ pour les remercier de bien protéger leur sultane’’. Elle se sent tendue, fébrile. Kamel devrait être là! Son impatience grandit. Enfin, la tapisserie du coin de la chambre bouge. Il arrive.

Elle se saisit de lui, l’embrasse avec passion.

  • Enfin, te voilà!
  • J’ai été retardé par…

Elle ne laisse pas finir sa phrase, se jette sur lui, l’embrasse avec fureur, lui retire ses vêtements, l’entraîne vers le lit. Elle le désire tout de suite, là, maintenant. Son érection ne tarde pas. Il se colle sur elle, se saisit de ses seins, les lèche avidement. Elle l’agrippe, s’ouvre. Elle veut le sentir en elle, se faire posséder. Il la pénètre.

Surpris par l’urgence et la force du désir de Fatma, Kamel se laisse guider. Elle est lionne, elle est hyène. Elle le griffe, le mord, le veut avec violence. Elle veut sa force, exprime un désir à la limite de la cruauté. Leur rencontre devient un combat. Le lit est leur terrain de bataille. Ils se mesurent, se jettent l’un sur l’autre. Elle le monte, le domine. Il la roule, la pilonne. Ils se mesurent ainsi de longs moments, jusqu’à l’extase finale. Elle jouit la première, étouffe à peine un cri. Les vagues de plaisir l’envahissent à son tour. Épuisé et ravi, il tombe à son côté.

La passion satisfaite, elle se blottit dans ses bras. Un désert de silence l’envahit. Elle se met à pleurer, doucement tout d’abord, pour ne pas alarmer Kamel, à moitié endormi. Elle n’en peut plus. Les sanglots l’emportent. Les larmes coulent sur la poitrine de Kamel. Il se réveille. Avec douceur, il lui demande ce qui provoque cette tristesse.

  • Je suis au désespoir. Je me sens mauvaise, une femme perdue. Je te désire plus que tout mais nous devrons nous séparer bientôt. On ne peut avoir que ces instants volés. Ce bonheur nous est interdit. Je suis prisonnière de mon mariage avec le sultan. Comment pourrai-je de nouveau partager son lit ? Je ne pourrai pas! Je me tuerai plutôt!
  • Nous allons trouver une solution, dit-il pour l’apaiser.
  • Partons Kamel! Fuyons loin d’ici! Nous pourrions aller à Bagdad ou en Perse. Tu pourrais y travailler pour le Grand Khan. Il fait plus confiance aux étrangers, dit-on. Ici ou à Al-Khandra, on aura l’opinion publique contre nous et on risque la lapidation à cause du scandale.

Kamel la laisse dire jusqu’au bout. Il lui demande enfin :

  • Es-tu prête à tout pour que l’on soit ensemble ?
  • Oui, mon chéri, mon amour. À tout! Sauf… Il faut protéger mes fils, tu comprends ?
  • Il faudra que le sultan meure.

Elle trésaille devant cette évidence.

  • Je pourrais le tuer dans son sommeil, ou l’empoisonner! Oui, le poison…
  • Non! Le risque est trop grand pour toi. Il a un goûteur et il se méfie de tous. J’ai pensé à un plan, mais nous devons garder le secret le plus absolu. Seuls Djamel et Farid seront au parfum.

Il lui dévoile à voix basse son plan. Elle l’écoute avec attention. Ses yeux s’agrandissent, elle rougit.

  • Tu es un grand stratège, Kamel. Je jouerai mon rôle comme prévu. Je suis d’accord avec ton plan. Mettons-le en action.

 

******

Au matin, Kamel fit venir Soraya dans sa salle de travail. Elle voit des cartes étalées et son père les examines avec attention. Elle attend qu’il lui adresse la parole. Il lève les yeux, l’examine comme il n’a pas fait depuis longtemps. Devant lui, ce n’est plus une enfant mais une jeune femme, déjà droite et fière, capable de lui résister. Il regrette de l’avoir élevée avec tant de liberté. Elle va souffrir.

  • Tu te doutes certainement de ce que je vais te dire ?

Elle le regarde fixement, ne répond rien. Il continue :

  • J’ai décidé d’accepter la demande en mariage du sultan. Cette union va consolider le royaume et je pourrais difficilement te trouver un meilleur parti.
  • Je croyais le sultan votre ennemi.
  • L’ennemi d’hier peut devenir votre allié le lendemain. Laisse les hommes décider des choses politiques! Ce n’est pas du domaine des femmes.

Elle est bouche bée devant cette rebuffade, si inhabituelle de la part de son père.

  • Et si je n’aime pas ce Karim.
  • Tu devras d’abord le respecter, apprendre à le connaître et lui obéir, comme toute bonne épouse. L’amour vient ensuite.

Cette réponse traditionnelle ne plait pas à Soraya et elle proteste :

  • Je ne veux pas me marier avec un inconnu.
  • Tu n’as pas le choix en cette matière. Tu sais que c’est à moi de choisir ton futur époux.
  • Et si j’en aimais un autre ?
  • Je vois bien de qui tu parles. Al-Din, n’est-ce pas ?

Elle rougit de se voir si facilement découverte. Comment son père l’a-t-il deviné ? Il répond à son interrogation muette :

  • Crois-tu que je te laisse aller dans la campagne sans protection ? Des gardes te surveillent de loin depuis toujours. Je suis informé de toutes tes promenades à cheval. J’ai aussi bien observé comment il te regardait durant le festin. Al-Din n’est pas un candidat pour ta main. Je ne te donnerai jamais à un militaire de carrière sans le sou… Je t’interdis dorénavant de lui parler en dehors de ma présence ou de celle de Djamil.

Il dit cela sur un tel ton que Soraya ne put protester. Sa décision était sans appel. Elle avait les larmes aux yeux mais quitta la pièce avant de s’effondrer. Non, elle n’allait pas pleurer comme une petite fille! Elle ne montrera pas une telle marque de faiblesse devant son père.



Chapitre 7

Évaluer les forces armées de l’émir de Kadesh faisait partie des objectifs du voyage de Al-Din. Il fallait à tout prix qu’il puisse pénétrer dans la citadelle fortifiée (casbah) pour se rendre compte du pouvoir de Kamel. Croyant que son statut d’invité de marque lui permettrait accès à la casbah, c’est en confiance qu’il s’y rendit sans autres préalables. Arrivé aux portes, les gardes lui refusèrent l’accès Manu militari. On l’informa que seul un laissez passer scellé par l’émir donnait accès à ces lieux. Dépité, Al-Din vérifia les alentours et se rendit compte un peu plus loin que les archers au nombre impressionnant pratiquaient leurs tirs sur des cibles rapprochées. Un frisson lui parcouru l’échine en réalisant qu’une attaque armée risquait d’être laborieuse et se solderait par de nombreuses morts. Rebroussant chemin, il fit un arrêt dans une auberge tout prêt de la citadelle en ourdissant d’en connaître un peu plus sur l’ost de l’émirat. Un cabaretier lourdement appuyé sur le comptoir de service lui demanda ce qu’il désirait boire. “Une cervoise bien froide ferait mon bonheur en cette chaude journée.” “Bien,noble sire, vos désirs sont des ordres.” Al-Din riant dans sa barbe décida de cuisiner un peu le vieil homme pour en connaître un peu plus sur les forces défensives de l’oasis. C’est alors qu’il éprouva une étrange sensation, un réflexe de guerrier. On le suivait, il en était maintenant certain en apercevant cet homme au regard mauvais et à la djellaba bleue nuit . Il l’avait justement remarqué au champ de tirs. Quand ce dernier vint s’asseoir à ses côtés, prudent, Al-Din termina son broc et amèrement déçu pris le chemin du palais. Il allait bichonner son cheval Aslem, mince consolation après un voyage si peu révélateur.

 

Lorsqu’il mit pied dans l’écurie,une légère odeur de parfum caressa ses narines. Ce pourrait-il ….? Eh oui, Soraya , son ange , son désir, sa muse se tenait aux côtés de sa jument Kemour, la brossant doucement en lui caressant la tête.

“ Quel joli portrait vous faites toutes les deux” fut l’entrée en matière d”Al-Din. Sursautant légèrement Soraya dirigea son regard vers cette belle voix profonde. Que cet homme avait fière allure dans son costume de cavalier. Avec joie et le cœur battant elle fit révérence au général en lui adressant son plus beau sourire. “ “Bienvenue à vous général, heureuse que vous me présentiez enfin votre bel étalon. Je crois que ma belle Kemour ne soit déjà tombée un peu en amour avec votre akhal teke si j’en crois sa robe argentée quel est son nom ? “

“Aslem, ce cheval m’a été offert par le roi Mongol lors d’une course où je fus le vainqueur. C’est bien un akhal teke, vous vous y connaissez ma chère demoiselle. Le vôtre, cette magnifique jument arabe pur sang est un cadeau de votre père? “

“Non, elle me fut donnée en cadeau par un prétendant lors de mes 16 ans, je la possède donc depuis plus d’un an, mais le prétendant n’est plus. Assez pour les présentations lança Soraya, rejoignons-nous aux portes du palais pour une ballade si vous le voulez bien.” Al-Din accepta illico se sentant le coeur si léger que nous aurions pu le voir léviter.

 

 

Au petit trot les chevaux et les cavaliers se lançaient des regards admiratifs et de plus en plus langoureux jusqu’au moment où l’on décida de dégourdir les bêtes. Au grand galop ces dernières déployèrent leurs puissances sur un long parcours les menant à une clairière. Hommes comme bêtes, essoufflés et satisfaits, firent halte dans cet endroit idyllique où palmiers, fleurs et fontaines enchantaient cœurs et âmes. “Quel magnifique endroit, on se croirait au paradis “ susurra Al-Din à celle qui faisait vibrer son coeur.

“ Vous êtes vraiment une excellente cavalière et votre jument est fière et fringante. Vous m’impressionner gente demoiselle. Vous savez, une vieille marchande m’a dit un jour que nos bêtes nous ressemblaient, c’est pourquoi souvent j’ai l’impression de ne faire qu’un avec ma monture et vous?”

“Moi de même et merci des compliments général. Si je peux me permettre , je comprends maintenant comment vous avez pu acquérir ce magnifique cheval, quel cavalier vous faites aussi.”

“Dites-moi Soraya, cette proposition de mariage avec Karim le fils aîné de l’émir

Abdullah bin Ali vous plaît-elle ?”

“Je n’en sais encore rien mais, j’ai l’impression que mon coeur s’accroche de plus en plus à un homme que j’admire et avec qui je me trouve beaucoup d’affinités. “

“Si ce n’est pas trop indiscret puis-je savoir le nom de ce privilégié ?”

“ Vous le devinerez peut-être bientôt mais pas question de révélation pour le moment.”

 

Poursuivant la discussion sur un ton léger, Al-Din et Soraya aperçurent le jeu des chevaux qui se caressaient de la tête hennissant et dansant doucement. Après une cour effrénée, l’étalon cherchait le sexe de la jument qui se montrait prête à le recevoir. L’étalon, le sexe proéminent et impressionnant monta la jument frémissante et tous les deux copulairent comme seuls les bêtes savent le faire c’est à dire avec force et sans retenue. Un peu gênés les deux cavaliers bouche-bée assistèrent à ce magnifique accouplement . L’un comme l’autre pensa au fruit qui pourrait en résulter. Émoustillés et bien qu’une certaine excitation les envahissait, la pudeur et le respect stoppèrent leurs envies. C’est le général qui en bon gentleman pria Soraya de se préparer pour le retour aux écuries du palais craignant que leur absence ne cause préjudice . On entendait presque le battement de leurs cœurs tant le silence les accompagna jusqu’au palais.


 

Chapitre 7

Jour 24

 

La nuit est venue depuis quelques heures. Fatma entend les eunuques qui fêtent dans l’antichambre. L’émir leur a fait servir du vin ‘’ pour les remercier de bien protéger leur sultane’’. Elle se sent tendue, fébrile. Kamel devrait être là! Son impatience grandit. Enfin, la tapisserie du coin de la chambre bouge. Il arrive.

Elle se saisit de lui, l’embrasse avec passion.

  • Enfin, te voilà!
  • J’ai été retardé par…

Elle ne laisse pas finir sa phrase, se jette sur lui, l’embrasse avec fureur, lui retire ses vêtements, l’entraîne vers le lit. Elle le désire tout de suite, là, maintenant. Son érection ne tarde pas. Il se colle sur elle, se saisit de ses seins, les lèche avidement. Elle l’agrippe, s’ouvre. Elle veut le sentir en elle, se faire posséder. Il la pénètre.

Surpris par l’urgence et la force du désir de Fatma, Kamel se laisse guider. Elle est lionne, elle est hyène. Elle le griffe, le mord, le veut avec violence. Elle veut sa force, exprime un désir à la limite de la cruauté. Leur rencontre devient un combat. Le lit est leur terrain de bataille. Ils se mesurent, se jettent l’un sur l’autre. Elle le monte, le domine. Il la roule, la pilonne. Ils se mesurent ainsi de longs moments, jusqu’à l’extase finale. Elle jouit la première, étouffe à peine un cri. Les vagues de plaisir l’envahissent à son tour. Épuisé et ravi, il tombe à son côté.

La passion satisfaite, elle se blottit dans ses bras. Un désert de silence l’envahit. Elle se met à pleurer, doucement tout d’abord, pour ne pas alarmer Kamel, à moitié endormi. Elle n’en peut plus. Les sanglots l’emportent. Les larmes coulent sur la poitrine de Kamel. Il se réveille. Avec douceur, il lui demande ce qui provoque cette tristesse.

  • Je suis au désespoir. Je me sens mauvaise, une femme perdue. Je te désire plus que tout mais nous devrons nous séparer bientôt. On ne peut avoir que ces instants volés. Ce bonheur nous est interdit. Je suis prisonnière de mon mariage avec le sultan. Comment pourrai-je de nouveau partager son lit ? Je ne pourrai pas! Je me tuerai plutôt!
  • Nous allons trouver une solution, dit-il pour l’apaiser.
  • Partons Kamel! Fuyons loin d’ici! Nous pourrions aller à Bagdad ou en Perse. Tu pourrais y travailler pour le Grand Khan. Il fait plus confiance aux étrangers, dit-on. Ici ou à Al-Khandra, on aura l’opinion publique contre nous et on risque la lapidation à cause du scandale.

Kamel la laisse dire jusqu’au bout. Il lui demande enfin :

  • Es-tu prête à tout pour que l’on soit ensemble ?
  • Oui, mon chéri, mon amour. À tout! Sauf… Il faut protéger mes fils, tu comprends ?
  • Il faudra que le sultan meure.

Elle trésaille devant cette évidence.

  • Je pourrais le tuer dans son sommeil, ou l’empoisonner! Oui, le poison…
  • Non! Le risque est trop grand pour toi. Il a un goûteur et il se méfie de tous. J’ai pensé à un plan, mais nous devons garder le secret le plus absolu. Seuls Djamel et Farid seront au parfum.

Il lui dévoile à voix basse son plan. Elle l’écoute avec attention. Ses yeux s’agrandissent, elle rougit.

  • Tu es un grand stratège, Kamel. Je jouerai mon rôle comme prévu. Je suis d’accord avec ton plan. Mettons-le en action.

 

******

Au matin, Kamel fit venir Soraya dans sa salle de travail. Elle voit des cartes étalées et son père les examines avec attention. Elle attend qu’il lui adresse la parole. Il lève les yeux, l’examine comme il n’a pas fait depuis longtemps. Devant lui, ce n’est plus une enfant mais une jeune femme, déjà droite et fière, capable de lui résister. Il regrette de l’avoir élevée avec tant de liberté. Elle va souffrir.

  • Tu te doutes certainement de ce que je vais te dire ?

Elle le regarde fixement, ne répond rien. Il continue :

  • J’ai décidé d’accepter la demande en mariage du sultan. Cette union va consolider le royaume et je pourrais difficilement te trouver un meilleur parti.
  • Je croyais le sultan votre ennemi.
  • L’ennemi d’hier peut devenir votre allié le lendemain. Laisse les hommes décider des choses politiques! Ce n’est pas du domaine des femmes.

Elle est bouche bée devant cette rebuffade, si inhabituelle de la part de son père.

  • Et si je n’aime pas ce Karim.
  • Tu devras d’abord le respecter, apprendre à le connaître et lui obéir, comme toute bonne épouse. L’amour vient ensuite.

Cette réponse traditionnelle ne plait pas à Soraya et elle proteste :

  • Je ne veux pas me marier avec un inconnu.
  • Tu n’as pas le choix en cette matière. Tu sais que c’est à moi de choisir ton futur époux.
  • Et si j’en aimais un autre ?
  • Je vois bien de qui tu parles. Al-Din, n’est-ce pas ?

Elle rougit de se voir si facilement découverte. Comment son père l’a-t-il deviné ? Il répond à son interrogation muette :

  • Crois-tu que je te laisse aller dans la campagne sans protection ? Des gardes te surveillent de loin depuis toujours. Je suis informé de toutes tes promenades à cheval. J’ai aussi bien observé comment il te regardait durant le festin. Al-Din n’est pas un candidat pour ta main. Je ne te donnerai jamais à un militaire de carrière sans le sou… Je t’interdis dorénavant de lui parler en dehors de ma présence ou de celle de Djamil.

Il dit cela sur un tel ton que Soraya ne put protester. Sa décision était sans appel. Elle avait les larmes aux yeux mais quitta la pièce avant de s’effondrer. Non, elle n’allait pas pleurer comme une petite fille! Elle ne montrera pas une telle marque de faiblesse devant son père.

******

Jour 25

Après les ablutions du matin et le petit déjeuner composé de fruits frais servis sur un plateau d’argent, Kamel ne perd pas de temps pour mettre en marche son stratagème. Sa priorité : convoquer sa fille pour lui annoncer qu’il accepte la demande du sultan.  Il est méticuleux dans ses actions. Ses pions avancent sur son échiquier pour l’ultime ‘’Échec au roi’’. Il se méfie de tous ceux qui gravitent autour du sultan, surtout du général Al-Din. Rien ne doit lui échapper.

Soraya arrive. Cette convocation l’inquiète. Elle voit des cartes étalées sur une grande table et son père les étudiant avec attention. Elle attend qu’il lui adresse la parole. Il lève les yeux, l’examine comme il n’a pas fait depuis longtemps. Devant lui, ce n’est plus une enfant mais une jeune femme, déjà droite et fière, capable de lui résister. Il regrette de l’avoir élevée avec tant de liberté. Elle va souffrir.

–       Tu te doutes certainement de ce que je vais te dire ?

Elle le regarde fixement, ne répond rien. Il continue :

–       J’ai décidé d’accepter la demande en mariage du sultan. Cette union va consolider le royaume et je pourrais difficilement te trouver un meilleur parti. Un refus de notre part deviendrait le pire affront pour le sultan et son fils.

–       Je croyais le sultan votre ennemi.

–       L’ennemi d’hier peut devenir votre allié le lendemain. Laisse les hommes décider des choses politiques! Ce n’est pas du domaine des femmes.

Elle encaisse cette rebuffade, si inhabituelle de la part de son père.

–       Et si je n’aime pas ce Karim.

–       Tu devras d’abord le respecter, apprendre à le connaître et lui obéir, comme toute bonne épouse. L’amour vient ensuite.

Cette réponse traditionnelle ne plaît pas à Soraya et elle proteste :

–       Je ne veux pas me marier avec un inconnu.

–       Tu n’as pas le choix en cette matière. Tu sais que c’est à moi de choisir ton futur époux.

–       Et si j’en aimais un autre ?

–       Je vois bien de qui tu parles. Al-Din, n’est-ce pas ?

Elle rougit de se voir si facilement découverte. Comment son père l’a-t-il deviné ? Il répond à son interrogation muette :

–       Crois-tu que je te laisse aller dans la campagne sans protection ? Des gardes te surveillent de loin depuis toujours. Je suis informé de toutes tes promenades à cheval. J’ai bien vu comment il te regardait durant le festin. Al-Din n’est pas un candidat pour ta main. Je ne te donnerai jamais à un militaire de carrière sans le sou… Ce personnage ne m’inspire aucune confiance. Cet homme est un espion et je ne saurais tolérer plus longtemps vos rencontres. Je t’interdis dorénavant de lui parler en dehors de ma présence ou de celle de Djamil.

Il dit cela sur un tel ton que Soraya ne put protester. La décision de l’émir était sans appel.

–  Je sais où est mon devoir.  Puis-je me retirer maintenant ?

– Oui, ma fille. Va voir les couturières pour choisir tes tenues de voyage et ta robe de mariée car tu repars avec la caravane d’ici une semaine.

Elle a les larmes aux yeux mais quitte la pièce avant de s’effondrer. Non, elle ne va pas pleurer comme une petite fille! Elle ne montrera pas une telle marque de faiblesse devant son père.

7Commentaires
  • Ghislaine/ 01.06.2020Répondre

    Très beau texte , tu as l’imagination dun vrai conteur……quand écris-tu ton propre livre ?

  • Manon/ 27.05.2020Répondre

    Je trouve que l’histoire du conte est très captivante. Je n’ai pas lu le chapitre 1 par contre. Je vais essayer de poursuivre cette inspiration. Tu as une belle écriture fluide et riche en vocabulaire.

  • Céline Larouche/ 18.05.2020Répondre

    Bonjour Yves, quel vocabulaire tu as mais aussi le don de nous faire entrer dans le coeur de tes personnages. Ton texte du 10 avril m’émeut profondément et je me suis dit qu’il était heureux que tes mots demeurent en-deçà de ce que tu veux exprimer. À lire tes chapitres du conte, tu nous laisses à penser avoir voyagé en Arabie.

  • Céline Larouche/ 17.05.2020Répondre

    Bonjour Yves, j’espère que tu vas bien. Je voulais m’assurer que tu avais vu mon deuxième chapitre qui suit immédiatement le premier.
    Bonne journée.

  • Normand/ 14.05.2020Répondre

    Encore moi ??? Pas Pierre mais bien Richard Latour !!!

  • Normand/ 14.05.2020Répondre

    Excuse moi Yves, le commentaire était pour Pierre! DSL

  • Normand/ 14.05.2020Répondre

    La vie est étrange…extrêmement touchant…merci de nous partager!

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