Odette Arseneault

Jeudi 2020-04-09
 

Exercice 1:  Vous venez de découvrir les lettres «P» et «C» dans votre sac (pour les femmes) et votre mallette (pour les hommes).  Trouvez le plus d’objets possibles qui commencent par ces lettres et qui se trouvent dans votre sac ou mallette.

 

Exercice 2: À l’aide d’au moins 4 ou 5 de ces objets, écrivez une histoire qui mettra en vedette votre artiste ou sportif préféré.


Jeudi 2020-04-16
 

Exercice 1:  Décrire un moment ou un événement dans la journée d’une personne très très, mais très distraite.

 

Exercice 2:  En cette période de confinement, décrivez une activité que vous avez réalisée ou que vous voulez réaliser, mais que vous remettiez toujours à plus tard… quand vous auriez le temps.


Jeudi 2020-04-23

 

Exercice 1:

À partir de la photo dans le fichier joint,  imaginez une histoire ou peut-être un souvenir qui vous rappelle «l’ancien temps». (Merci à Pauline pour la suggestion de cet exercice).

 

Exercice 2:

 

Imaginons qu’on a tous et toutes le même ami qui s’appelle Bertrand Dufour.  C’est aujourd’hui le jour de son anniversaire.  De quoi sera faite sa journée?


Jeudi 30 AVRIL 2020

 

Exercice 1:
La même phrase de départ pour tous.  Vous faites un texte sur le thème d’une enquête policière.  La phrase de départ est:  «Dès que j’aperçus mon père dans le hall de l’hôtel………………………

 

Exercice 2:
Vous devez inventer une nouvelle maladie.  Donnez-lui un nom, des symptômes, à qui elle s’attaque et la façon de la guérir.

 


Jeudi 7 mai 2020
Voici les deux exercices de la semaine:
Exercice 1:
Quand vous lancez un bébé en l’air, il rit, parce qu’il sait que vous l’attraperez.  C’est ça la CONFIANCE.  Écrivez une histoire ayant pour thème la confiance.
Exercice 2:
Dimanche prochain, ce sera la fête des mères.  Parlez-moi de la vôtre dans un texte qui la mettra en valeur.
Bonne semaine et bonne fête à toutes les mamans et à toutes les femmes. Bisous.

Jeudi le 14 mai 2020

Exercice 1:

Vous devez compléter les 2 phrases suivantes, soit en prose ou en vers selon votre inspiration du moment (thème libre)

«La vie est étrange avec ses détours

Nous l’apprenons tous un jour» …..

 

Exercice 2:

 

Vous avez trouvé une lettre dans votre boîte aux lettres et vous l’avez ouverte.  Mais cette lettre ne vous était pas adressée.  De qui était-elle? Que contient-elle? À qui était-elle adressée?.

Faites une belle histoire de cette lettre.

 

Jeudi 21 mai 2020

Comme d’habitude, à la fin de la saison d’écriture, on se rend au restaurant pour se réunir une dernière fois et papoter ensemble dans un décor moins formel.

 

Vous devez donc imaginer dans quel restaurant on se rendrait, qui serait là, qu’est-ce-que vous mangerez, que vous boirez, quel sera votre dessert, quelle sera l’ambiance, le service, les jeux et que se dira-t-on à la fin du repas.

 

Bon dernier atelier.



CONTE
Voici le canevas pour l’écriture du chapitre 1:
Les personnages discutent du problème de l’émir de Kadash.  La sultane écoute, dissimulée derrière une fenêtre grillagée qui donne sur la salle du Conseil.  Pour lier les deux familles, on suggère de demander la fille de l’émir en mariage et d’inviter son jeune fils à devenir l’écuyer de Karim.Le défi en réalisant votre texte d’une page environ ou moins est de faire intervenir les cinq sens (toucher, odorat, goût, vision et audition).

L’exercice de cette semaine est de choisir deux personnages dans la liste des personnages et de décrire leur apparence physique (taille, allure générale, cheveux, etc.), leur caractère (leur manière d’être, qualités, défauts, etc.)

Farid 15 ans, fils de la marchande Séphora, femme sans âge aux propriétés mystiques possédant l’accès aux sources des élixirs prisés par les chamanes des grands souverains.Farid attise les regards. Des yeux aux couleurs du temps et un sourire infligeant la quiétude. À 10 ans, il est contraint par la mort de son père de rejoindre les amis choisis, les privilégiés pour amuser le fils de l’Émir kamil bin Abdoul.

 

Dès son intégration au palais, Farid obtient des muftis de l’émir, un respect et une fascination lui donnant accès au couloir de la choura. Malgré les larmes de la marchande, celui-ci se verra séparer de sa mère, de son amour maternel et de ses secrets. Cette ultime coupure, le rendra plus avide, plus ingambe et le guidera à la recherche de sa vérité sur le monde mystérieux dans lequel, il opère.

 

Ses journées se résument à comprendre la fatwas, l’étude coranique, et de longues heures à manier les armes. Pour l’honneur du fils de l’Émir, Djamil, il s’abstient de gagner les parties de Manecalé sous le regard attendri de sa jeune sœur, Soray. Mais au fond, les deux jeunes hommes se vouent une affection qui dépassent l’amitié.


Chapitre 3

Le Général Al-Din arrive à Kadesh.

– Décrivez son arrivée et sa réception par l »Émir Kamel bin Abdoul

– Ce dernier lit la lettre demandant la main de Soraya pour Karim, le fils du sultan.

Écrivez cette lettre.

– Quelle est la réaction de l’Émir devant cette demande: ce qu’il en pense vraiment et ce qu’il dit à l’ambassadeur.

 

Le Général Al-Din arrive à Kadesh.

Trois jours et trois nuits sur la route du soleil, enfin, le général Al-Din entre dans la prestigieuse ville de l’émir. Kadesh, ville de la « divinité » selon la mythologie grecque. Elle fut le haut lieu de la première grande bataille en 1274 av. J.C. et qui a opposé deux des plus grandes puissances du Moyen-Orient : l’empire hittite de Muwatalli, et le nouvel empire égyptien de Ramsès ll. Les vestiges (description sur l’architecture égyptienne) de cette époque trônent aux portes de la capitale de l’émir, Muhammad al-Din. L’Émirat est l’exemple parfait de la vie musulmane et de sa fonction politique. Elle s’affirme par la présence de l’alcazar, le palais du calife (description de l’architecture de style des palais de l’Alhambra) et de ses nombreuses mosquées de quartier pour accueillir les fidèles. Les commerçants très florissants grâce aux bateaux ou caravanes remplient en provenance du bassin méditerranéen, d’Afrique, Inde et la Chine. Le califat est le joyau du pouvoir ultime pour et contre le sultan.  L’émir, Kamel bien conscient de cet atout. Il gouverne avec déférence. Elle se mesure avec son or, ses épices, ses pierres précieuses, son ivoire, ses papiers, ses tissus, et la provenance de ses esclaves… Les souks sont le poumon de Kadesh et permettent à l’émir de lui donner un pouvoir sur le sultan. Et il maîtrise son atout face à Son Altesse.

Le général s’abreuve lui et sa précieuse monture noire, pure race avec sa tête très typée et son port de queue relevé, au sébil d’eau fraîche. Il se dirige vers le hammam pour y prendre un bain avant de se présenter à l’émir près de la grande mosquée. (Description de son corps et des vertus du hammam) Accompagné de pèlerins se purifiant, et respectant le rituel qui précède la prière.  Il s’assure de confier sa jument à un palefrenier consciencieux des soins requis.

Plutôt, le général a informé un coursier princier de sa venue à la salle d’audience des ministres. Mais ce message, l’Émir, le connaissait déjà. Ses contacts au sultanat avaient devancé son arrivée avec cette missive; « Le général, Muhammad al-din voyagera à selle jours et nuits vers l’oasis de l’Émir pour convoiter son bien précieux. Kamel (trait caractéristique de Kamel) présageait l’éventuelle demande du Sultan.  Tout le royaume convoitait ses biens. Dans chacune des villes, les nouvelles de ces arrivages lui conféraient l’envie.

À l’intérieur du Diwan, Kamel siégeait en silence. En attente du messager de son rival ultime, le responsable de la douleur infini de son cœur, son amour fou porté à la belle et farouche Fatma alors âgée de 17 ans et maintenant épouse du sultan depuis 20 ans. Tous les deux éperdument amoureux ne pouvaient se passer un de l’autre. A cette époque Kamel, fils de paysan, s’était juré d’accéder au pouvoir. Il avait prouvé à plusieurs guerriers son intelligence et sa force pour prendre l d’assaut l’émir de Kadesh et ainsi obtenir la main de la jolie Fatma.. Mais son père lui a préféré le sultan le croyant sans valeur pour fille. La rage et la colère de la perdre a attisé le feu en lui. Elle s’est transformée en une force invincible et lui confère un notoriété que peu d’homme ose affronter.


 

Le canevas pour le chapitre 4 est le suivant :

–Durant le festin, l’Émir de Kadesh présente Soraya aux ambassadeurs.

-Al-Din est subjugué par Soraya, en devient amoureux

-Fatma chante une chanson qui parle d’un amour perdu.

-Quels sont les plans futurs de l’Émir?

 

Les textes sont dus pour le 14 juin.

Bien entendu, tous peuvent participer à cet exercice.

Bonne écriture!

Yves Dion


 

Jour 24

 

Enfin, la nuit est tombée, les étoiles brillent plus que d’habitudes dans le regard de Fatma debout sur son balcon. Son cœur s’accélère à l’idée d’être à nouveau dans les bras de son amant Kamel. Le désir monte en elle à la pensée de retrouver son corps fort et musclé aux mains habiles pour assouvir ses phantasmes. À ce même moment, elle entend des pas dans sa chambre. Est-ce lui qui revient dans son lit tel que promis pour une autre nuit d’amour?

 

Kamel se tient debout devant la porte secrète, il la regarde avec contemplation. Ses yeux sont envoûtés par la femme qu’il ne veut plus quitter.

 

  • Oh! te voilà enfin!

 

Sans dire mot, leurs corps reprirent le rythme de la nuit dernière. Cherchant à offrir à l’autre du plaisir. Les baisers, se répétant de manière continuelle, sans arrêt à la recherche de faire un.  Fort avant la nuit, voyant la lumière se lever, une larme se mit à couler sur la joue de Fatma.

 

Inquiet, Kamel lui demande :

 

  • Mon amour ! Pourquoi tes yeux sont-ils noyés de tristesse ? N’es-tu pas bien dans mes bras? Je suis fou de toi. Je ne veux plus que tu me quittes. Je te garde auprès de moi. Je ne pourrai vivre sans toi. Je t’ai toujours aimé et maintenant que tu es dans mon lit, tu y resteras. N’est-ce pas ton désir ?

 

Fatma buvant ses mots d’amour avec la gorge nouée par la peine et la peur répond :

 

  • Kamel, mon premier amour et le seul … Je suis l’épouse du Sultan. Je suis ici pour demander la main de ta ravissante fille pour notre fils, Djamel promût sultan. J’ai voulu m’enquérir de cette missive, car je voulais te revoir. Et me voilà dans tes bras. Je me suis prise à mon propre piège. De toute ma vie, mon corps a connu autant d’extases qu’avec toi. Depuis, tout mon être aspire à vivre dans tes bras pour t’aimer et te chérir. Dans quelques jours, je devrai retourner auprès de mon époux et reprendre ma place au palais. Oh! Quel déchirement de concevoir te quitter à nouveau!

 

Le souffle coupé par le désespoir, Fatma tombe en larmes dans les bras de Kamel. Celui-ci la serre fortement contre son torse nu et lui dit doucement dans l’oreille :

 

  • Ma chérie, mon amour est confiance en moi. Après t’avoir quitté la nuit dernière, j’ai réfléchi longuement pour trouver le moyen de te garder auprès de moi pour l’éternité. Écoute ce que je réserve à ton cher époux.

 

 

Graduellement, Fatma reprit son souffle et la confiance revint sur son visage à l’écoute du plan élaboré par la magnificence de son valeureux guerrier. Elle lui promit de garder le silence. De ne dire mot à personne même avec Djamil qui lui aussi sera aux faits des évènements à venir.

 

Avant que les dames de chambre entrent pour préparer le bain de Fatma, les amoureux se quittent rassurés par la conviction d’une union éventuelle.

 

Kamel ne perd pas de temps pour mettre en marche son stratagème. Sa priorité convoquée, sa fille dans ses appartements privés pour lui annoncer qu’il accepte la demande du sultan.  Il est méticuleux dans ses actions, car la gloire est pour bientôt. Ses pions avancent sur son échiquier pour l’ultime ¨Échec au roi¨. Sa future vengeance révoquera sa suprématie. Il se méfie de tous ceux qui gravitent autour du sultan surtout le général Al-Din. Rien ne doit lui échapper.

 

On avise l’Émir que sa fille arrive. Elle apparait sous ses yeux, toute souriante et entonnant une ribambelle d’histoires plus loufoques les unes que les autres. Admiratif devant son enfant, il l’écoute avec engouement. Cette jeune femme au tempérant indépendant et affectueuse a toujours obtenu tout de son père. Depuis la mort de sa mère, la jeune Soroya au caractère fort et si attachant a grandi dans une liberté proscrite aux filles et aux femmes. Le père interrompt sa fille dans ses histoires de courses à cheval.

 

  • Soya (petit sobriquet entre le père et la fille) je suis au courant de ta sortie à cheval avec le général Al-Din. Tu dépasses les règles de convenance pour une jeune fille promise au fils du Sultan. Je ne veux plus de te savoir seul avec cet homme. M’as-tu comprise ?

 

Les épaules montées, le regard en furi, Soroya répond :

 

  • Père ! Le Général et moi, nous sommes deux fervents d’équitation. Il monte merveilleusement à cheval et vous connaissez ma passion pour cet animal. C’est ce que j’ai de plus précieux au monde après vous. Ne m’empêchez pas de monter à nouveau à cheval avec lui. J’ai eu tant de plaisir à montrer mon adresse à un vrai cavalier.

 

  • C’est non ! J’ai des raisons de t’interdire d’être seule en sa compagnie même si c’est un excellent cavalier. Tu n’as pas besoin de prouver à personne que tu excelle sur ta monture. Tout l’oasis est au fait de tes qualités de cavalières. De toute façon, ce n’est pas à lui que tu dois prouver tes aptitudes.

 

Kamel devient silencieux et le regard lointain…

 

  • À qui père ?

 

Sur un ton solennel, Kamel répond :

 

  • Soroya ! Assis-toi ! Et Écoute-moi attentivement!

 

La jeune fille surprise par le ton de voix de son père s’assoit sur un coussin près de lui et dépose son visage sur ses genoux. D’un regard attendri, elle écoute.

 

  • Ma fille, je t’ai demandé à te voir pour te parler du fils du sultan donc épargne moi tes soucis de chevaux. Tu as le don de me faire dévier de mon rôle de père et d’Émir. Tant de fois, tu as réussi à obtenir de moi des grâces qui m’ont donné bien des soucis. Ma chère enfant, tu as grandi en connaissant pertinemment ta fonction en tant que fille d’Émir. Actuellement, nos hôtes, le Général Al-Din et l’épouse du Sultan attendent ma réponse pour l’union de nos deux familles. Ma décision est prise et je consens à ce mariage entre toi et le futur sultan de Al-Khandra. C’est un choix inouï pour le bien de tous. Tu repartiras avec eux pour la nikah. D’ici là, profite de tes chevaux de ta liberté que tu possèdes ici. Tu emporteras ta jument préférée. Ta nourrice Almina t’accompagnera. voyage. Elle veillera à ton éducation pour la suite de ta vie d’épouse et de mère.  De plus, je consens à ce que ton frère, Djamil devienne écuyer du prince. Tu passeras par lui pour me partager ta bénédiction. Le mariage est sacré et tu t’investiras pour le bonheur de ton tous.  Mon enfant, sache que la liberté est en toi, elle t’appartient…  Si tu la cherches, ferme les yeux, elle apparaitra à nouveau. N’oublie jamais ses paroles. Qu’Allah te bénisse.

 

Les mains dans ces longs cheveux noirs bouclés, il caresse son doux visage. Le père et la fille vive un dernier moment de vie…

 

Dès la sortie de Soroya de ses appartements privés, l’émir Kamel se rend directement dans son haut lieu de gouverne. Il s’assure de la présence de son fils et de son ami, Farid ainsi que tous ses sujets loyaux pour rendre sa décision au général Al-Din. Dès que tous se retrouvent assis confortablement en chuchotant des ragots sur l’avenir de l’oasis de l’Émir. Celui-ci demande le silence, il a une annonce à faire :

 

  • Général Al-Din, digne sujet de notre grand sultan de l’Al-Khandra. Veuillez-vous rendre garant de ma décision au sultan.

 

Le général s’enquit avec un geste de la tête de la responsabilité de porter le message au palais. L’Émir s’exprima avec une voix ferme et sûre :

 

 

-Ma fille unique, Soroya né d’une première épouse avec dix-sept printemps         deviendra la première femme du fils, Karim, premier descendant du sultan d’Al-Khandra si celui-ci honorera la dote. Vous pouvez envoyer un messager courir ma réponse au palais. Pour la suite, avant votre départ, nous reparlerons de la dote et du voyage.

 

Suite à son court énoncé, on pouvait entendre une mouche volée. L’Émir se retira avec son fils laissant derrière lui éloges et diffamations courirent sur les lèvres des hommes présents sur la possible l’alliance entre l’oasis et Al-Khandra.

 

 


 

Jour 25

À la sortie de la jeune Soroya de ces appartements privés, l’Émir Kamel s’empresse de trouver son fils, Djamil pour l’informer du déroulement des événements à venir.  Celui-ci est en présence de son ami dévoué, Farid, dans la salle d’armes.  Un repère inaccessible aux hôtes. Tous les deux trompent le temps à spéculer sur des combats corps à corps. Tuerie, massacre, rivalité, des sujets de prédilections pour deux jeunes hommes absorbés par une soif de gloire. Le père dubitatif les regarde avec un air songeur. Kamel se remémore, lui, à cet âge. Jeune à l’esprit guerrier. Voulant à tout prix prouver sa toute-puissance, avide de triompher sur sa pauvreté.  Renverser le poids de sa naissance, fils de paysan. La mort était une option pour quitter ce rang.

Est-ce que son fils face à sa propre mort sera valeureux et résolu d’accéder aux courageux guerriers sur leur étoile toute puissante ?  Celle qui éclaire la nuit par sa blancheur. Parfois ronde, parfois morcelé et parfois absente. La voute des guerriers, cet astre qui les illumine la nuit des combats.

Kamel interrompt les deux jeunes hommes.

  • Mon fils, le temps des ambitions succède à l’action. J’ai accepté la demande du Sultan. Ta sœur est au courant et se prépare pour ce long voyage. Tu pars avec elle. Sa vie est entre tes mains.

Djamil surprit d’apprendre son départ. Interroge son père :

  • Père ! Comment participer à la conquête de l’Al-Ksandra si je deviens l’écuyer du Sultan?

  • Je réserve un guet-apens à celui-ci.

Farid écoute le père et le fils sans rien dire. Son silence témoigne de sa loyauté. Il voue

un attachement  sans failles pour l’émir et son fils. Depuis l’âge de 5 ans qu’il joue le rôle d’enfant-ami de l’héritier.  Avec les années, ce rôle s’est transformé en un mélange de sentiments du passage de la fratrie, à l’attirance à l’adulation. Farid ressent un abandon à la pensée de le voir partir loin de lui pour toujours. Le visage triste, il se questionne sur son propre avenir. Mais il n’ose pas partager son désir de l’accompagner.

Djamel poursuit son élocution sur son ambition de combattre l’armée du Sultan auprès de son père. Kamel termine court la conversation :

  • Fils! La conquête s’obtient contre l’homme qui lève le sabre contre toi. Mon âme coule dans tes veines. Tu es moi !

Kamel tourne son regard sur le jeune Farid. Et lui dit :

  • Farid, je connais ta fidélité envers mon fils et moi. Ton silence est d’or. Je t’estime plus qu’un ami de mon enfant. Tu es le garçon adopté sans papier, mais gravé sur mon épée. Toi et Djamel, vous vivez comme deux frères. Si ton envie de prendre la route avec mes enfants est ton souhait, il t’appartient de partir. Mais tu dois avant tout obtenir la bénédiction de ta mère. Elle a le droit de t’interdire de la quitter. Sa situation de veuve te met responsable d’elle. À toi de voir.

Aussitôt ses paroles dites, l’Émir se lève laissant les deux jeunes hommes à la recherche d’astuces pour ne pas se séparer. Djamil émet l’idée de réclamer l’aide du général Al-Din. Ensemble, ils se motivent. L’idée d’obtenir de la part du général des privilèges au nom du sultan émerge de la bouche de ces jeunes guerriers. Ils se prétendent avoir des droits d’être accueillis avec toutes les exigences inimaginables. Les discussions ou les suppositions se surpassent d’un à l’autre pour aboutir qu’il est impératif que l’ami honorable du fils de l’Émir et frère de la future épouse de l’héritier du royaume de l’Al-Ksandra reçoive une place de choix dans la cavalerie. Il est inévitable d’obtenir un engagement de la part du général Al-Din qui justifiera la peine et les larmes de Séphora, pour la perte de son fils unique. Sa consolation vivra dans l’ascension de son unique fils auprès des élus promus au ciel de lit.  

Les deux frères sans le sang, mais de cœur s’engagent à convaincre la veuve par la voix du général Al-Din, l’assurance d’un avenir prometteur pour Farid. Ainsi sa mère se réjouira de sacrifier son fils. Aux pas de course, ils traversent le palais et se dirigent vers sa chambre.  Les eunuques informent les garçons de vérifier près de l’écurie. Là où sont logés les trente cavaliers.

Le bruit des lames qui s’entrecroisent. Des hommes s’amusent à la volée d’un coup d’épée. Le feu ardent pour marteler le fer rouge et ciseler la vie de l’ennemi. Le hennissement des bêtes et l’odeur belliqueux mélangés à l’agneau brûlé.  Une ambiance tyrannique fait place au silence lorsque Djamil et Farid s’avancent vers eux. Les jeunes hommes demandent à parler au général Al-Din. Un homme aux mains noircies par le feu les informe qu’il se trouve auprès de l’Émir Kadesh. À cette nouvelle, ils quittent rapidement cette atmosphère pugnace.

Durant ce temps, derrière sa table de travail, l’émir Kamel flegmatique regarde ses cartes et invite son interlocuteur, Al-Din a tiré une d’entre elles. Le général courtois ramasse de sa main droite une carte. Il la regarde sans mot. Kamel lui demande de définir celle-ci. Al-Din répond :

  • Voici la carte de la déesse de l’amour.

Sur cette carte est dessinée:  une femme assit les jambes croisées aux longs cheveux noirs. Elle dévoile sa paume de main droite marquée d’un tatouage de la Hamsa. Le signe de protection contre le mauvais œil qui a pour effet de défendre toute personne qui chercherait à vous nuire. Et sur le pied gauche entouré d’un serpent, on y lit l’expression ¨Tanmout âlik¨ (je meurs d’amour pour toi).

Kamel sourit et s’exprime :

  • Général Al-Din, digne sujet de notre prestigieux sultan du royaume de l’Al-Tsandra. Votre carte est bénie par Allah. La déesse de l’amour se manifeste en faveur de l’union de ma fille au prétendant du sultanat. En votre présence, je vous confie la lettre témoignant de mon engagement d’offrir ma fille unique Soroya, né d’une première épouse de dix-sept printemps à son fils Karim. De plus, j’honore notre illustre sultan. Sa bienveillance envers mon fils, Djamil, de l’accueillir dans le poste prestigieux de Premier Écuyer de Karim est gage de confiance. Je compte sur vous, Général ! Assurez-vous que cette lettre passe de ma main directement à celle de notre sultan avant trois nuits. Personne à part vous ne devez connaître ma décision tant que le messager n’est pas revenu preuve à l’appui.

Le Général Al-Din s’enquit de répondre :

  • Émir Kamel, je vous félicite pout votre judicieuse décision. Le mariage de ces deux jeunes gens consolidera la paix sur le royaume et prodiguera richesse sur vos deux familles. Leur amour est béni par le Allah tout puissant. Je m’engage à respecter vos exigences pour le messager.

Qu’Allah vous bénisse en ses temps de bonheur.

En marchant vers le messager, lettre à la main, Al-Din éprouve une grande tristesse. Son cœur bat pour la belle Soroya dès que ces yeux se posèrent sur elle. Maintenant, il ne peut plus aspirer à la désirer. Sa tête s’embrouille à l’idée de la côtoyer de si près au palais la sachant dans le lit du fils, Karim. Il ne la mérite pas. Il va la briser de force cette fauve…une perle de femme forte et libre. L’esprit mêlé, il pense à comment renverser cette décision. Dans ses songes, il entend son nom crié par-dessus la rambarde. C’est le fils de l’Émir, Djamil et Farid qui lui crient de les rejoindre au jardin. Il prend les marches une à une essayant de reprendre ses esprits afin de rien laisser paraître.

Essoufflé, Djamil commence à s’adresser au Général pour l’informer de la requête de les aider à convaincre la mère de Farid. Celui-ci écoute méticuleusement leur souhait. Il accepte cette petite mission. Pour lui, il s’interroge sur cette mystérieuse relation entre ses deux jeunes hommes. Est-ce qu’on lui cache un fils non reconnu de l’Émir? Est-ce l’amoureux de la tendre Soroya ? Est-ce plus qu’une fratrie ? Accablée par le désespoir de rêver d’enlacer la jeune fougueuse cavalière. Il tarde à forger une réponse convenable pour soulager l’inquiétude des deux comparses. Il s’engage à leur fournir une proposition avant de prendre rendez-vous avec la veuve, Séphora.

Ils se quittent tous les trois absorbés par leur propre tourment.


Chapitre 12

Jour 31

Depuis deux semaines, l’astrologue Ibrahim Al-Jawali scrute le ciel avec une attention particulière. Aucun doute ne subsiste, une étoile voyageuse est apparue dans la constellation du Taureau. Allait-elle devenir une étoile chevelue, annonciatrice de grands malheurs ? La pleine lune nuit à ses observations, mais il craint le pire. Le Taureau est la constellation de naissances du prince héritier.
Il vérifie ses tables astronomiques des planètes : Vénus dans la Vierge, Jupiter et Mercure occultés par le Soleil, Mars dans le Cancer, Saturne dans le Capricorne… La nouvelle lune sera dans la Vierge dans deux semaines. Il connaît bien les dates et heures de naissance de la famille royale : Karim est Taureau, le sultan Cancer et Fatma Vierge. Que dire au sultan ? Comment lui présenter ces mauvaises nouvelles ?

Jour 32

Al-Jawali se présente devant le Conseil. On doit fixer la date du mariage de Karim. Il a le visage sombre d’un porteur de mauvaises nouvelles. Il hésite à tout révéler au sultan. Ce dernier, tout à son bonheur du mariage prochain, ne détecte pas la mine déconfite de l’astrologue royal.
Alors, quelle date convient aux célébrations ?
N’ayant ni la date exacte ni l’heure de la naissance de la princesse Soraya, il m’est impossible de choisir le moment favorable.
Comment ? L’horoscope de Karim devrait suffire, il me semble.
Habituellement, c’est le cas, vous avez raison, Votre Grandeur !
La politesse excessive et l’attitude gênée de l’astrologue deviennent évidentes pour le sultan : quelque chose cloche !
Déballez votre sac, je vous l’ordonne ! Pas de faux-fuyant avec moi, compris ?
D’une voix tremblotante, Al-Jawali s’exécute :
Une étoile voyageuse vient d’apparaître dans notre ciel. Elle se trouve dans la constellation du Taureau, celle de la naissance du Prince Karim. C’est un mauvais présage et, si elle se transforme en étoile chevelue, de grands malheurs tomberont sur nous. Je suggère de repousser le mariage et d’attendre un moment plus favorable.
Et que dit mon horoscope et de celui de la sultane Fatma ?
Mars est dans le Cancer : préparez-vous à la guerre ! Quant à Son Altesse la sultane, l’Amour la guide et la protège.
Cette dernière prédiction calme un peu les appréhensions du sultan : il ne doute pas de l’affection de sa première épouse.
Notre armée doit être mise en alerte maximale. Je redoute surtout une attaque des Mongols. Avons-nous des informations à leur sujet, Grand Vizir ?
Tout semble tranquille de ce côté. Ils consolident leur emprise sur l’Empire perse. Leur prochain objectif sera Bagdad, à mon avis.
Et les princes d’Arabie ?
Pas de mouvements de troupes chez eux, selon nos espions.
Ben Gour, votre avis.
Vos murailles sont solides et votre armée prête à intervenir : il vaut mieux attendre et ne pas prendre de décisions hâtives. Quant à l’étoile voyageuse, je ne suis pas convaincu qu’elle annonce nécessairement des calamités. On en a observé à toutes les époques et les catastrophes surviennent souvent en leur absence !
L’astrologue ne peut contenir sa stupéfaction.
Douteriez-vous des signes que le Ciel nous envoie pour nous guider ? Même de la bouche d’un infidèle, une telle aberration me renverse ! Les étoiles voyageuses stimulent les éfrits, ces génies malfaisants, c’est bien connu ! Espérons que celle-ci disparaisse avant de causer trop de dommages.
Le Grand Vizir ne peut contenir un méchant sourire durant cette joute verbale. Ben Gour en sera diminué dans l’esprit superstitieux du sultan, se dit-il. Le sultan met fin au Conseil par des ordres brefs qui cachent mal son désarroi.
Karim, assure-toi que nous soyons prêts en cas d’attaque. Doublez la garde et vérifiez toutes les entrées dans la ville. Les portes doivent demeurer fermées toutes les nuits. Grand Vizir, renseignez-vous de nouveau sur les princes d’Arabie. Ce sera tout pour le moment !
Il quitte le Conseil sans même un dernier salut. Karim le suit. Le vizir entraîne Al-Jawali dans une longue discussion, tous deux soudainement atteints de cécité envers le Juif Abraham ben Gour. Celui-ci hoche la tête : il peut ignorer le mépris du vizir et de l’astrologue, mais il demeure inquiet pour le sultan.

******

Le soir venu, le sultan Abdullah bin Ali met des habits de commerçant et se cache le visage sous un large capuchon. Il se fait accompagner d’un esclave fidèle et muet, bien armé et accoutumé à ses sorties discrètes. Il veut l’avis de la diseuse de bonne aventure Asma. Elle habite une petite maison près de la Jamaa al-Kébir, la Grande Place.
Il laisse son serviteur au coin de la rue. Trois coups rapides sur la porte : c’est le signal convenu pour une consultation. Les bracelets de pieds tintent : Asma ouvre le judas. Il relève un instant son couvre-chef. Elle s’empresse de débarrer en reconnaissant son visiteur.
Entrez, Seigneur Grandissime ! Votre esclave est à vos genoux. Désirez-vous un thé à la menthe, voulez-vous que je danse pour vous ?
Non, Asma ! Je suis ici pour connaître mon avenir.
Dans ce cas, installez-vous sur ces coussins. Je me prépare.
Elle va dans le foyer, choisit quelques charbons brûlants avec des pinces et les dépose dans un large bol en terre cuite. Elle y jette des herbes, un soupçon d’encens puis un peu d’une pâte brunâtre. Une vapeur âcre envahit la pièce. Le sultan y détecte l’odeur du haschich. Asma se met la tête au-dessus du récipient et inspire goulument, profondément. Son regard devient fixe et vague : elle semble plongée dans un monde de rêve, un ailleurs indéfini. Il frissonne malgré lui.
Que voyez-vous dans mon avenir ? Fatma est-elle en sécurité ? Que dois-je faire pour préserver mon royaume ?
Je perçois beaucoup de confusion, des nuages sombres vous enveloppent. Des batailles terribles se préparent. Méfiez-vous de quelqu’un qui se tient près de vous ! Trahison !
Et Fatma, est-elle en danger ?
L’Amour sera vainqueur !
Ces derniers mots de la prophétesse relèvent le moral du sultan, mais il demeure désemparé devant un avenir incertain. Il laisse un dinar d’or sur la table, remet son capuchon et quitte le réduit de la voyante. Si seulement Fatma était ici, près de moi, elle saurait me conseiller, soupire-t-il.


Jour 31

pour le 11 octobre 2020

Durant ce temps, au pays du sultan, la jubilation règne. Le grand Abdullah bin ali, premier de Al-Khandra maintient ces sujets dans un état de grâce. Ils fulminent en convoitant une richesse partagée. Crédules sont les mendiants à l’aube de l’espoir de s’abreuver à la fontaine dorée. Le jour de l’union, de la solution courtise les commerçants de pierres précieuses, de soie provenant de Changai, de produits raffinés pour combler les futurs époux. Tous s’engagent dans une valse, un dédale fascinant des plus illustres cadeaux connus en ces lieux en attendant la date du mariage.

La coutume prévoit de consulter l’astrologue de renom, Alba Ahzab, un personnage mythique ou le doute n’a pas sa place. Il s’annonce au palais à l’heure où la lumière s’allonge. Arborant de lourds vêtements aux nombres de ses années rendant sa démarche fastidieuse. Le visage éteint sous son keffieh retenu par un akal orné de pierres inconnues, l’homme avance vers le sultan entouré de sa garde rapprochée.

Il se place sans dire mot. Le sultan l’invite à lui dévoiler le jour indiqué par les étoiles pour l’union de son fils à la promise. Les yeux rivés vers le ciel avec une voix limpide, il partage son savoir :

– Actuellement, dans le ciel bleu de prusse, on distingue une nouvelle étoile. Elle est de passage pour de mauvais présages. Sa traversée est prédite depuis des siècles. Les philosophes anciens parlent d’elle comme une métaphore; la progression de l’homme par son effondrement sous l’étoile qui brille le jour.

Sur un ton de colère, les yeux noirs rivés sur AhZab, l’astrologue. Il l’ interrompt et dit :

– Des histoires sataniques, vos étoiles et tout le reste! Vous connaissez mon impatience envers votre science. Mon peuple la vénère, mais moi je la mets en doute. Répondez clairement pour le bien de mes sujets. Quel sont le jour et l’heure pour le mariage de ses enfants? Allah tout-puissant les bénira au nom de la loi!

– Maître! Votre sagesse brille sur vos sujets comme la lune durant la nuit. L’étoile de Morphée finira sa course le deuxième jour de l’arrivée de la jeune Soroya. Ce jour-là, votre peuple dansera dans les rues d’Al-Khandra au son des chants de la cérémonie. Qu’Allah vous remercie de tant de bonté pour votre jugement.

Il se retire de la salle doucement sans laisser de trace dans l’esprit des hommes bienveillants autour du sultan. Pour la plupart, ils ne craignent pas la pensée de AhZab. La prise de parole par Abdullah bin ali a suffi pour rassurer son fils, Karim, impétueux. Par contre, son conseiller et ami du sultan, Abraham ben gour féru de toutes les disciplines écrites et racontées à ce jour craint pour lui. C’est d’un échange bref du regard que les deux hommes voient l’incertitude. Le Sultan ordonne de quitter la salle pour réfléchir avant de donner la date officielle. D’un seul signe de tête à son vieil ami, celui-ci comprend son besoin de connaître son opinion. Dès que le silence les entoure, les yeux rivés sur sa pensée, Ben gour répond :

– Ali, mon vieil ami, ton rêve de régner sur ton empire sans guerres, c’est noble. Combler ta puissance par l’union de ton enfant dévoile ta suprématie. Et j’acquiesce à ta décision. Suivons les conseils de l’astrologue. Attendons le passage de Morphée.

Dans la nuit suivant le présage de l’astrologue, le sultan se réveille en nage. La peur d’anéantir son règne par son besoin de dominer toujours plus loin. Le sommeil altéré par l’anxiété d’être dépossédé. Pour lui, la mort est inévitable … La sienne ou la perte de ceux qu’il aime plus que tout, plus que sa vie. Un sentiment de frayeur l’envahit. La consultation avec l’astrologue l’a chaviré. Son inquiétude pour son épouse Fatma l’empêche d’être serein dans ces décisions. À l’aube, il se rendra au repère de sa diseuse de bonne aventure, Asma. Elle vit dans un petit logis dans le bas de la ville. Personne n’est au courant de ses visites. Il s’y rend habillé en paysan sous le couvert de l’anonymat. Asma respecte son sultan et elle honore sa visite comme un cadeau du ciel. Il la consulte depuis sa nomination au trône au décès de son père. Elle utilise parfois le thé, parfois des cartes. C’est elle qui décide selon l’instant du moment.

Le sultan ne trouvant pas le sommeil. Son esprit reste troublé par deux sentiments, la joie du mariage de son fils et l’inquiétude persistante pour son épouse, Fatma. Il décide de se rendre immédiatement au logis de Asma. Dans un coffre bien camouflé, il prend dans ses mains la kandoura en lin et il l’enfile. Minutieusement, il dépose sur sa tête la guthra et avec il cache son visage pour traverser les ruelles qui mènent chez sa voyante.

Avec ses habits de paysan, il circule dans les rues de son royaume sans être reconnu. Il arrive à la porte de la maison d’Asma. Il frappe de son poing, huit coups. C’est le signe de l’infini, de la puissance. Asma reconnaît ses huit coups et laisse entrer sans regarder son sultan. Elle remercie Allah de sa présence. Elle pleure de joie au contact de baiser sa main droite. Rapidement, le sultan lui demande conseil :

– Asma que voyiez-vous? Est-ce le mariage de mon fils? Est-ce mon épouse? Dois-je m’inquiéter pour mon pouvoir ?

Asma, le visage baissé invite le sultan à s’asseoir sur le coussin usé devant la petite table ronde en bois vacillante et lui offre de boire le thé aigre. Le temps de prendre son jeu de tarots marseillais entre ses deux petites mains brunes brûlées par le soleil et le temps. L’usure de son visage se voit malgré son voile. Abdullah bin Ali obéit à cette femme portant d’innombrables tissus colorés un sur l’autre couvrant sa grosse stature. La lueur du jour ne suffit pas à éclairer la table et ce qui l’entoure. Deux candélabres allumés rendent la pièce plus mystérieuse. Elle fixe ses cartes et elle demande au sultan d’en prendre trois.

Son visage s’assombrit en voyant les trois cartes. L’amoureux. Le soleil. Le diable.

Empressé, le sultan demande :

– Tu voies quoi dans tes cartes ? Dis-moi ?

Elle répond de sa voix éraillée :

– Mon sultan ce n’est pas moi qui décide. C’est l’au-delà.

Je vois la carte des amoureux. C’est le personnage central partagé entre deux femmes. Celle de gauche sur l’image porte un chapeau, symbole de respectabilité. Celle de droite est une jeune femme à la tête découverte, signe de désir sexuel. Chez ce personnage, l’hésitation est matérialisée par les pieds, complètement écartés, et le buste, orienté vers la jeune. C’est le « doute » l’hésitation, l’incertitude de la passion du désir de deux êtres. Je vous invite à la prudence.

Il intervient :
– La prudence pour le mariage? Pour l’union de mon fils avec la fille de l’Émir ?

Asma répond :

-Autour de vous, il y a le chiffre trois. Trois passions. Trois prudences.

Elle poursuit sa lecture des cartes :

– Dans la carte du soleil, je vois le visage d’un jeune imberbe voulant mettre la jeunesse au nombre de ses emblèmes. Deux jeunes hommes à qui il revient de demeurer éternellement jeunes sous l’illumination de l’un avec l’autre et de sa divinité.

Le sultan est ravi d’entendre ses paroles, il perçoit l’ascension de son fils et de sa descendance, la naissance d’un petit-fils. Son esprit commence à se calmer. Il entrevoit la prospérité. Il partage sa compréhension à sa chamane, mais celle-ci poursuit dans un langage laconique la description de la dernière carte « le diable ».

– Cette carte fait référence aux excès. Elle induit l’ambition au niveau matériel, le sexe au niveau du cœur… Mais quoi qu’il en soit c’est une carte de mise en garde. Les passions poussées à l’excès ouvrent les portes de l’enfer. Malheur à celui qui va trop loin. En revanche celui qui maîtrise ses passions trouve en cette carte une réussite fulgurante. Mais je vois dans la sexualité, le diable de l’adultère et de la trahison.

Elle s’arrête épuisée. Elle termine en disant :
– Prudence mon sultan. À tout vouloir…contrôler, l’homme se fragilise. Maître, l’amour tourne autour de vous. Vous êtes au centre du cercle et il n’est pas à votre service.

Sur ces dernières paroles, il la récompense généreusement comme à l’habitude. Il cache à nouveau son visage et il sort de la maison d’Asma. Il emprunte les ruelles d’un pas rapide pour retourner au palais. Rassurée par les paroles de prudences de Asma, remplie d’espoir de nativité et de se savoir entourée d’amour et d’union possible. Il se réjouit à l’avance des jours à venir. Il comprend que l’ambition du bien matériel pourrait l’anéantir. C’est la carte de la « prudence » qu’il doit jouer. Il veut découvrir de qui il doit se méfier. Ces pensées rassurées le remplissent de joie à l’idée du mariage de son fils.